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Jean Rouch, un ethnologue cinéaste

Pionnier du cinéma ethnographique et fin connaisseur de l’Afrique, Jean Rouch a parcouru inlassablement, pendant des décennies, un continent alors peu mis à l’honneur. Retour sur le parcours et l’œuvre d’un révolutionnaire.
Jean Rouch examinant les éléments pouvant servir à la restauration de certains de ses films
Jean Rouch examinant les éléments pouvant servir à la restauration de certains de ses films
© Véronique PLATEAUX / CNRS Photothèque
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Directeur de la Cinémathèque française, chargé de recherches au CNRS et secrétaire général du Comité du film ethnographique, Jean Rouch est une figure emblématique du cinéma ethnographique ayant su, par une technique novatrice et une approche très personnelle du terrain, jeter un « pavé dans la mare du cinéma français », comme le confiera Jean-Luc Godard.

C’est comme ingénieur civil des Ponts et Chaussées sur les routes coloniales qu’il rencontre l’Afrique tel un ethnographe. Muni alors d’une petite caméra portable 16 mm, il documente avec fascination l’intrigante mythologie africaine créant un nouveau style de reportage filmé qu’il qualifie lui-même de « cinéma direct ».

Caméra à l’épaule, plongé au cœur de l’action, les œuvres de Jean Rouch se caractérisent par de longs plans-séquences d’ordinaire agrémentés sobrement d’un commentaire explicatif visant à la précision et l’objectivité.

Si ses premiers documentaires ne manquent pas de faire scandale et suscitent une critique parfois houleuse tant ils paraissent transgressifs et violents pour le public des salles françaises, Jean Rouch poursuit le récit de ses rencontres au travers de documentaires ethnographiques, sociologiques ou encore d’ethno-fiction. Influencé par le surréalisme, les travaux de Marcel Griaule en pays Dogon et séduit par les règles essentielles de l’inspiration et de l’intuition, il capte, filme l’évolution du continent africain et la met en miroir avec celle de la société française.

Par-delà les nécessités scientifiques ou les contraintes institutionnelles, c’est en toute conscience qu’il construit son œuvre de cinéma, alimentant aussi bien les problématiques de l’anthropologie moderne que de nouvelles formes d’écriture cinématographique qui influenceront les cinéastes de la Nouvelle Vague.

De nombreuses fois récompensés par des prix à Venise, Cannes ou encore Berlin, Jean Rouch s’éteint à l’âge de 86 ans, en 2004 sur une route du Niger, son pays d'élection. Le journal Le Monde, lui dédie le titre de « sorcier blanc d’Afrique et du cinéma » comme pour témoigner de l’engouement que suscitèrent ses films dans les salles de projection africaines, où il fut un véritable pionnier. Nous vous proposons ici de (re)découvrir quelques-unes de ses œuvres les plus emblématiques.

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