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© CNRS - 2020

Numéro de notice

6974

Secrets de l'improvisation (Les)

Le dialogue qui émerge entre deux musiciens qui improvisent ensemble suit-il des codes semblables au langage ? Une équipe de scientifiques tente de le découvrir grâce à une expérience astucieuse menée au laboratoire STMS.

Durée

00:06:49

Année de production

Définition

HD

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Son

Sonore

Version(s)

Français

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


OFF 1
00 :02 Nous exprimons nous de la même manière dans les différentes situations de la vie courante ?
En réunion, au téléphone ou en conversation privée, nos modes d'expression changent et s'adaptent.
Une mécanique qui ne concerne pas seulement l'expression verbale. Derrière les murs de l'IRCAM, Institut de Recherche et Coordination Acoustique Musique, une équipe composée d'un musicologue, d'une psycholinguiste et d'un philosophe s'intéressent à l'expression musicale dans sa forme la plus libre : l'improvisation.
Se pourrait-il que des musiciens communiquent eux-aussi différemment selon qu'ils soient ensemble ou séparés ? Et quel impact cela a-t-il sur leur créativité ? Pour tenter de le découvrir, les scientifiques ont choisi un style musical très particulier qui a émergé dans les années 60 : L'improvisation libre. Un genre qui réclame de dialoguer avec l'autre sans partition ni thème déterminé.

ITV Pierre SAINT GERMIER, philosophe
00 :59 La musique improvisée, c'est un genre de musique qui est fascinant, parce que c'est un genre de musique ou les musiciens ne prévoient pas à l'avance ce qu'ils vont jouer, et donc là, ça pose vraiment une question de savoir comment ils se coordonnent, est-ce que même ça a un sens de se dire qu'ils sont coordonnés, et si ça a un sens, quels sont les mécanismes, et conceptuellement, quel genre d'action ils font ensemble, est-ce que c'est une action collective, qui est le même genre d'action collective que font les musiciens quand ils ont une partition commune, ou est-ce que c'est une autre forme d'action collective, est-ce qu'elle est moins collective, plus collective, c'est vraiment un réservoir, un laboratoire très intéressant pour poser des questions plus générales au sujet de la coordination et de l'action collective.

OFF 2
01 :37 Pour les besoins de cette étude, les chercheurs de l'IRCAM n'ont quant à eux rien improvisé. Ils ont convoqué une vingtaine de musiciens pour conduire une expérience. Trompette, basse, saxophone ou encore alto vont former des duos le temps de quelques improvisations. Les musiciens qui participent ne se connaissent pas tous. Ils jouent parfois ensemble pour la première fois. Réunis en studio, ils vont improviser dans la même pièce pendant environ cinq minutes.
L'occasion de mettre en place un dialogue complexe.

ITV Clément CANONNE Musicologue
02 :12 En fait l'idée est assez simple, un musicien qui va essayer de faire quelque chose de créatif, d'original, de singulier, qui a certaines propriété esthétiques, il va manipuler tout un tas de paramètres, il va manipuler les hauteurs, la dynamique, le timbre, la texture etc… L'idée c'est, quand on est deux, quand on est plusieurs, parmi ces choses qu'on manipule il y a aussi l'interaction, c'est-à-dire la manière que l'on a de se comporter l'un avec l'autre, la manière que l'on a de se lier les uns avec les autres. L'idée de ce protocole c'est de voir comment l'interaction devient une ressource pour une action collective créative.
OFF 3
02 :47 Le second volet de l'expérience étudie l'effet de l'interaction physique et visuelle sur le dialogue entre musiciens. Ils vont cette fois devoir improviser, mais dans deux pièces différentes. Le contact avec l'autre musicien ne se faisant qu'à travers un casque d'écoute. S'autorise-t-on les mêmes choses lorsque l'autre n'est plus présent ? Et quels signaux utiliser alors pour pouvoir communiquer avec lui ?

ITV Louise GOUPIL Psycholinguiste
03 :12 Il y a pas mal de parallèles qu'on peut faire entre la communication langagière et la communication musicale. Il y a une différence fondamentale, c'est que la communication musicale ça se fait sur la base d'un espèce de code qui est très sous-déterminé, alors que la communication linguistique elle a un code qui est bien plus déterminé, avec des mots dont on a construit un sens, et en musique il y a aussi un socle commun, des connaissances communes que les musiciens ont entre eux et qui leur permet de communiquer, mais ça va toujours être des choses qui sont beaucoup moins déterminées, ça ne va pas être ‘passe- moi le sel' ça ne va pas être ‘ferme les rideaux' ça va être peut-être plutôt des directions ‘tiens, là, on va changer ce qu'on est en train de faire' ou tiens là, je viens vers toi ou je m'éloigne, ça va être des trucs qui sont plutôt des espèces de signaux qui sont envoyés mais qui sont vraiment sous-déterminés par rapport à la communication linguistique .

OFF 4
04 :08 A la sortie du studio d'enregistrement, les musiciens vont être mis à contribution pour annoter leurs performances. Isolés dans un box insonorisé, ils vont devoir réécouter leurs improvisations et tenter de les évaluer. Les scientifiques s'appuient sur un programme qui permet aux musiciens de signaler si, à un moment donné, il a plutôt joué avec, contre, ou sans son partenaire. Casque sur les oreilles, les musiciens vont ainsi pouvoir décrire leur jeu en temps réel pour chacun des morceaux. Des données qui vont permettre aux scientifiques de décrypter le fonctionnement de l'improvisation, et de définir l'impact de l'interaction physique

ITV Clément CANONNE Musicologue
04 :45 Pour chaque musicien et pour chaque duo, on peut regarder le degré d'incongruence qu'ils introduisent dans leur musique, à quel point ils se sont éloignés de ce « jouer avec » en fait, à quel point ils n'ont pas voulu être strictement dans la limitation, dans la similarité de ce que jouait l'autre, ça c'est une des premières choses que l'on peut regarder, et on peut supposer que ce degré d'antagonisme est corrélé d'une manière ou d'une autre avec des propriétés esthétiques fondamentales de la performance, avec le fait qu'on va avoir tendance à trouver cette performance plus créative. Et puis la deuxième chose qu'on peut regarder c'est est-ce qu'ils ont, oui ou non, la même posture d'interaction, est-ce que les interactions sont similaires, symétriques on pourrait dire, ou alors est ce qu'au contraire ils tendent, quand l'un joue avec, l'autre tend à jouer contre, etc. Il y a peut-être une sorte de distance entre les points des deux musiciens, le point du musicien A et le point du musicien B idéale, qui optimise la relation entre les deux musiciens, pour avoir un résultat qui soit peut-être plus original, plus esthétiquement satisfaisant.

OFF 5
05 :42 Cette étude n'en est qu'à ses débuts. Dans quelques mois, les improvisations enregistrées vont être soumises aux oreilles d'auditeurs, amateurs ou non de ce type de musique. A leur tour, ils devront annoter leur écoute et évaluer la créativité des morceaux. En superposant ces sensations d'auditeurs avec les intentions de jeu des musiciens, les scientifiques pourraient isoler les paramètres qui rendent une composition musicale plus créative qu'une autre. Une formule magique, dont les secrets résident pour l'instant entre les lèvres et les doigts de ces musiciens à part.

Auteur(s)

Rédacteur(s) en chef

Production

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CNRS Images,

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