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© CNRS - 2022

En immersion avec les yacks

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7469

Duration

00:07:26

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2022

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En immersion avec les yacks – TRANSCRIPTION
Dans les hauteurs de l'Himalaya, à la frontière tibétaine. Vous êtes dans le domaine du yack. Cet animal, proche du boeuf mais beaucoup moins domestiqué, est élevé pour son lait, sa viande et sa laine. Mais c'est une bête qu'on dit rustique, c'est à dire qu'elle garde des caractéristiques qui lui permettraient de revenir à l'état sauvage. Et ça, c'est à la fois un atout pour survivre dans les hauteurs et un défi pour ses bergers. Dans le petit village népalais de Manang, à plus de 3500 mètres d'altitude. L'anthropologue Théophile Johnson étudie actuellement cette relation entre les yaks et leurs éleveurs. Comment les Népalais parviennent il à gérer cet animal farouche et qui a tendance à s'éloigner du troupeau? C'est ce que le chercheur essaye de comprendre en partageant le quotidien des bergers.

Théophile JOHNSON – anthropologue
Le but de ma thèse, c'est d'étudier le processus de domestication et la façon dont les bergers influencent les relations des animaux à l'intérieur de leur troupeau et comment est-ce qu'ils construisent des relations humaines et les entretiennent avec leurs troupeaux?

Un des grands défis pour les éleveurs, c'est de ramener l'intégralité de leurs bêtes avant la tombée de la nuit. Or, à l'état sauvage, les yacks vivent communément par groupes de cinq ou six individus, tandis que les troupeaux, eux, se composent de 50 à 100 bêtes, qui sont donc plutôt enclines à se disperser tels des marionnettistes. Les bergers essayent de créer de la cohésion entre les animaux. Ils disent y parvenir notamment grâce à la technique de la corde d'attache. Le principe est simple maintenus côte à côte pendant la nuit par une corde et détachée au matin. Les jeunes yacks développeraient du lien social entre eux. Ils continueraient ainsi à côtoyer leurs voisins de dortoir durant la journée de pâturage, permettant aux troupeaux de rester groupés. Pour mesurer l'efficacité de cette technique, Théophile Johnson a collaboré avec l'éthologue Cédric Sueur. Les chercheurs ont placé des capteurs autour du cou des yaks afin d'enregistrer leur position les uns par rapport aux autres pendant plusieurs jours.

Cédric SUEUR – éthologue
Et ça, ça me permet de voir un réseau. En fait, chaque noeud ici, c'est un individu et on voit les liens qui entre chaque individu. La taille du noeud, c'est tout simplement l'âge des individus. Par contre, les ces individus sont disposés sur le réseau en fonction de leurs liens. Ça veut dire que les individus qui sont les plus au centre du réseau sont ceux qui ont le plus de liens entre eux. Et ceux qui sont à l'écart sont les plus périphériques, comme si on observait un groupe de yacks dans leur environnement.

Théophile JOHNSON – anthropologue
Là, on est assez agréablement surpris de voir que les jeunes individus sont très centraux à l'intérieur des réseaux. C'est quelque chose qu'on espérait pouvoir voir pour vérifier nos hypothèses concernant la corde attache. Ça se vérifie en fait de façon assez flagrante sur les réseaux. Est ce qu'on espère encore pouvoir vérifier? C'est de voir si les adultes qui étaient anciennement ensemble sur la grande attache gardent un lien important ou s'il y a tendance à se perdre.
Cette hypothèse questionne la capacité des humains à modifier les comportements des bêtes. Nous explique Eric GARINE WICHATITSKY anthropologue à l'université de Nanterre.

Eric GARINE WICHATITSKY – anthropologue
Est ce qu'on a une influence sur la manière, nous comme humains, pour d'autres espèces, de faire société?
On peut réfléchir à ça dans les campagnes françaises ou européennes, mais là, on a des observations qui viennent d'un endroit très très différent, des conditions écologiques très très différents et une espèce herbivores extrêmement différente dans ses comportements et dans sa vie sociale, de celle qu'on peut connaître dans les climats tempérés qui sont les nôtres.
Ces enseignements interdisciplinaires mêlant anthropologie et éthologie sont en effet assez inédits concernant les comportements des yacks.

Cédric SUEUR – éthologue
Il faut savoir qu'il n'y a presque aucune étude d'un point de vue éthologiques sur les yacks, probablement par rapport à la difficulté d'accès d'aller étudier ces animaux à cette altitude et d'amener la technologie pour, pour mesurer, les comportements.
Les résultats obtenus pourront désormais être comparés avec des études déjà existantes sur les vaches d'une part, soit une espèce bien moins rustique que les yaks et les bisons sauvages d'autre part. Il s'agit ainsi de comprendre si les humains ne sont pas parfois allés trop loin dans la domestication.

Cédric SUEUR – éthologue
On voit que finalement la domestication a eu des effets bénéfiques pour nous, mais qu'il y a eu aussi des mauvais effet. On peut le voir avec les moutons qui sont ultra domestiqués et qui du coup n'ont plus peur du loup, se font tous manger dès qu'il y en a un qui part dans un coin et qui saute d'une falaise, tout le monde le suit. Et en comprenant justement cette ligne entre l'espèce sauvage et l'espèce qui est ultra domestiquée des espèces intermédiaires, on arrive à comprendre si finalement des espèces qui sont domestiquées mais qui restent rustiques ne sont pas finalement des espèces qui sont plus adaptées aux espèces ultra domestiquées qu'on a aujourd'hui.
Une question d'autant plus actuelle que les bergers népalais font face à un nouveau défi le retour de la panthère des neiges, qu'on appelle aussi le fantôme des montagnes. Ce prédateur redouté par les uns et protégé par les autres est de plus en plus présent dans la vallée de Manang depuis une vingtaine d'années. Les pertes s'accélèrent dans les cheptels. Et comme en France avec les loups et les ours, les bergers vivent très mal cette menace. Qui pèsent sur leur travail et leurs moyens de subsistance.

Théophile JOHNSON – anthropologue
Nous voilà devant les traces d'un cadavre de ycak mort par la panthère. Certains protecteurs de la panthère des neiges demandent aux bergers de laisser un maximum de viande sur le lieu de la prédation pour qu'elle puisse se nourrir et ne pas revenir avant un moment. Laisser cette viande à la panthère est une trop grande source de souffrance pour les bergers, qui ne peut pas s'empêcher de venir récupérer un maximum de la viande qui a été perdue.

La panthère des neiges est une espèce menacée, victime de la dégradation de son habitat et du braconnage. En conséquence, elle fait l'objet de mesures de protection importantes dans les parcs nationaux népalais.

Théophile JOHNSON – anthropologue
La condamnation pour tout abattage d'une panthère s'élève au même titre qu'un meurtre d'êtres humains. Donc à quinze, 15 à 20 ans de prison.

En quatre ans, le chercheur constate de nombreuses stratégies d'évitement inventées par les éleveurs pour essayer de faire face à cette prédation nouvelle. Les bergers renoncent à certaines zones de pâturage. Ils envisagent même d'abandonner les activités qu'ils mènent actuellement pendant la journée pour surveiller continuellement les yacks. Ces méthodes permettront-elles aux éleveurs de subsister? Les protecteurs de l'environnement parviendront-ils à éviter les conflits entre la panthère et les habitants de Manang? Du succès de ces techniques dépendra la conservation d'un équilibre entre les humains et les bêtes domestiquées et sauvages.


Director(s)

Juliette HARAU

Summary

Dans les hauteurs du Népal, les bergers élèvent le yack pour son lait, sa viande et sa laine. Des anthropologues et des éthologues étudient leurs stratégies pour garder leurs troupeaux groupés et faire face au retour de la panthère des neiges, prédateur redouté et espèce protégée.

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