© CNRS / MSH Mondes (USR 3225) - 2020

Ainsi parle Tarām-Kūbi, correspondances assyriennes

Numéro de notice

7315

Durée

00:46:31

Année de production

2020

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00:00:04:08 Texte
Il y a environ 4 000 ans, des marchands assyriens se sont installés en Anatolie centrale. Ils venaient d'Assur, au nord de la Mésopotamie.
00:00:25:11 Texte
Ils ont établi un comptoir commercial dans l'ancienne ville de Kaneš, dans la région de Cappadoce, à plus de 1 200 km de chez eux…
00:00:48:13 Texte
On connaît leur histoire grâce aux tablettes d'argile sur lesquelles ils écrivaient.

00:01:01:01 Texte
ANATOLIE, TURQUIE
site archéologique de Kültepe, ancienne ville de Kaneš
fouilles dirigées par Fikri Kulakoğlu, professeur à l'université d'Ankara

00:01:22:14 Fouille
Ah, une ombre !
Enlevez la poussière.
Doucement.
Il y a probablement une archive.
Professeur, la tablette est très bien préservée.
C'est parce que la maison a brûlé.
Sinon, elle ne se serait pas conservée ainsi.
Les signes devraient être en bon état.
J'espère que les philologues ne se plaindront pas.
Son enveloppe pourrait aussi être là.
Pourquoi est-ce qu'on l'enveloppe dans une serviette ?
- Pour ne pas qu'elle devienne humide.
- Pardon, pour enlever l'humidité.
- Deux sont sorties entières, et une cassée.
- Oui.
Donnez-moi deux autres feuilles.
Mettez-les là. Donne-moi ces serviettes.


00:03:07:17 Voix Tarām-Kūbi

« Dis à Aššur-mūtappil
Ainsi parle Waqqurtum »
« Dis à Aššur-Taklāku
Ainsi parle Tariša »

« Dis à Pūšu-kēn
Ainsi parle Lamassī »

« Dis à Innaya
Ainsi parle Tarām-Kūbi »


00:03:36:09 Voix Tarām-Kūbi
Tarām-Kūbi, c'est mon nom.
C'est sur ces tablettes d'argile que j'écrivais mes lettres. Dès le début sont annoncés le destinataire et l'expéditeur.
Ces lettres étaient enfermées dans des enveloppes d'argile, elles voyageaient avec les marchandises, à dos d'âne, entre la Mésopotamie et l'Anatolie.
C'est ainsi que j'écrivais à mon frère.

00:04:30:16 Lettre de Tarām-Kūbi à son frère Imdī-ilum
Dis à Imdī-ilum : ainsi (parlent) Tarām-Kūbi et Šīmat-Aššur
Ici, dans la ville d'Aššur, nous avons consulté les oniromanciennes, les devineresses et les esprits des morts, et par leur intermédiaire, le dieu Aššur ne cesse de te mettre en garde : tu aimes beaucoup trop l'argent et tu méprises ta vie !
Ne peux-tu donc pas faire plaisir au dieu Aššur ?
S'il te plaît, viens aussitôt que tu auras pris connaissance de notre lettre, rends visite au dieu Aššur dans son temple et sauve ta vie !
Pourquoi donc ne m'envoies-tu pas le montant de la vente de mes étoffes ?

00:05:08:02 Voix Tarām-Kūbi
Tout ce que l'on sait de moi, c'est à travers ces lettres. Les archéologues ont trouvé une quinzaine de mes lettres.
J'écrivais régulièrement à mon frère Imdīlum et à mon époux Innaya. J'avais besoin de l'argent de la vente de mes étoffes pour m'occuper de la maison à Aššur, des enfants, de la nourriture.

00:05:40:03 Voix Tarām-Kūbi
Mon frère avait quitté Aššur, il était parti faire du commerce d'étoffes et d'étain en Anatolie, il habitait là, à Kaneš. Kaneš, que vous appelez aujourd'hui Kültepe.
« Kültepe » en turc signifie « colline de cendres ». Cette colline de terre ressemble à tous les sites archéologiques du Proche-Orient ancien. Vous en verrez aujourd'hui beaucoup en Irak, en Syrie, en Turquie… il suffit de regarder l'horizon. C'est qu'à l'époque, on construisait en briques d'argile crue, et quand ça s'effondrait, on reconstruisait par-dessus.
Sur cette colline, autrefois entourée de murailles, se trouvaient les bâtiments administratifs et religieux de la ville. Les Assyriens habitaient avec les Anatoliens en bas de la colline. Seule une petite partie de la ville, fouillée par les archéologues, est visible, le reste est toujours enfoui sous les champs.

00:06:48:09 Voix Tarām-Kūbi
Tout comme mon frère, mon époux a quitté Aššur pour s'installer à Kaneš.
Pour ma part, je fabriquais les étoffes vendues en Anatolie et gérait les affaires à Aššur. C'était il y a environ 4 000 ans, entre 1900 et 1850 avant votre ère.
Je crois que les archéologues ont mis au jour environ 22 500 tablettes sur ce site, mais attendez-vous à ce qu'ils en trouvent davantage.

00:07:17:14 Interview Cécile Michel
Les premiers explorateurs sont venus tout simplement parce que sur les bazars de Kayseri et d'Istanbul à partir de 1880 sont apparues des tablettes cunéiformes, dont on savait qu'elles venaient de Cappadoce. Donc les gens étaient intrigués et les Occidentaux ont essayé de retrouver la source de ces tablettes cunéiformes.

00:07:45:05 Voix Tarām-Kūbi
L'écriture cunéiforme, que les savants commençaient tout juste à savoir déchiffrer, était caractéristique de Mésopotamie. Que pouvaient faire ces tablettes en Anatolie ? Si loin de chez nous.
C'est ainsi que plusieurs explorateurs sont venus fouiller ici. Mais sous terre, ils ne trouvaient que des bâtiments. Ils fouillaient sur la colline, sans savoir qu'il existait une ville en contre bas.
De temps en temps, les explorateurs achetaient des tablettes aux paysans des villages alentour, qui se gardaient bien de leur dire d'où elles provenaient.
Un jour, un chauffeur de taxi, peut-être un peu ivre, a fini par vendre la mèche et leur a confié que les tablettes se trouvaient dans les champs.
Depuis, de nombreuses tablettes sont sorties des champs et sont exposées dans vos musées.



00:08:57:18 Voix Tarām-Kūbi
C'était notre écriture. Formée de signes cunéiformes, c'est-à-dire en forme de clous. Des clous verticaux, des clous horizontaux, des têtes de clous. Ces signes nous permettaient d'écrire notre langue, le vieil assyrien, un dialecte de l'akkadien.
Les signes étaient imprimés dans l'argile fraîche à l'aide d'un stylet en roseau.
Nous mettions alors les tablettes à sécher au soleil.
Ensuite, elles étaient recouvertes d'une enveloppe en argile, sur laquelle on déroulait notre sceau.

00:09:37:11 Interview Cécile Michel
« Enveloppe scellée par Ennanatum, fils de Titinatal ; scellée par Šu-Suen, fils d'Ilimittī ; scellée par Adad-damiq, fils de Pilah-Ištar. »
Ça c'est intéressant, c'est un engagement avant mariage, visiblement un engagement qui traine un peu dans la durée. Donc pour que la jeune fille ne soit pas célibataire à vie, on fixe une limite au futur marié pour se présenter et épouser la jeune femme. Donc là on a l'enveloppe, et cette enveloppe a été visiblement ouverte il y a beaucoup d'années ici au musée et ils en ont extrait la tablette. Qui correspond à cette enveloppe. Donc sur l'enveloppe on a du texte et l'impression de plusieurs sceaux. Alors, comme c'est un contrat, souvent pour les contrats on recopiait presque l'intégralité du texte sur l'enveloppe. Pour qu'il garde sa valeur légale, on l'ouvrait pas, mais comme le texte était copié dessus, on savait de quoi il s'agissait.
Alors ce texte explique que :
« Adad-damiq a épousé la fille de d'Ištar-nādā. Il n'épousera pas une autre femme. S'il devait en épouser une autre, alors il paiera en pénalité 1 mine d'argent. S'il ne vient pas dans les deux mois et ne prend pas soin de sa femme, ils donneront la fille à un autre époux. Adad-damiq ne devra pas saisir en justice celui qui a épousé la jeune fille. »
Donc voilà, là on a l'enveloppe du contrat, et on voit bien qu'une petite tablette comme ça, était conservée dans une enveloppe relativement beaucoup plus grande.

00:11:18:24 Voix Tarām-Kūbi
Les archéologues n'ont trouvé qu'une quarantaine de contrats de mariage à Kaneš. C'est que nous les gardions dans nos maisons à Aššur.
Les tablettes comportent toutes sortes de textes : des lettres, des contrats de divorce, des listes de marchandises, des testaments, des reconnaissances de dette… des traités entre les autorités assyriennes et anatoliennes…

00:11:41:12 Interview Cécile Michel
Donc les principaux types de textes que l'on a, ce sont des contrats, des contrats commerciaux, des contrats à valeur juridique, mais aussi beaucoup de memoranda, de notices personnelles comptables, totalement anonymes, non signées, ce qui complique parfois un petit peu l'étude, tout type de listes diverses et variées. Et 35 à 40 % de notre documentation ce sont des lettres.
Alors pourquoi des lettres ? Eh bien tout simplement parce que les premières générations de marchands assyriens qui sont arrivés ici ont laissé leurs femmes, leur famille à Aššur, leur ville mère, qui est à vol d'oiseaux, à peu près à 1200 kms d'ici. Pendant de très longues périodes. Au début, ils venaient, avec leurs caravanes de marchandises, ils négociaient leurs marchandises et ils repartaient. Mais ça durait assez longtemps. Et puis petit à petit, ils ont commencé à s'installer localement, et ils revenaient de moins en moins souvent.
Donc ces femmes, et leurs collègues, dans la ville mère, à Assur, pouvaient correspondre avec eux par courrier.

00:12:43:07 Voix Tarām-Kūbi
Aššur est ma ville, elle est située sur un promontoire rocheux, sur les bords du Tigre, au nord de la Mésopotamie, aujourd'hui au nord de l'Irak, à une centaine de kilomètres au sud de Mossoul.
À cette époque, Aššur n'est pas encore la grande capitale qu'elle deviendra 500 ans plus tard, mais une cité-état dirigée par des marchands, une ville où tout le monde - ou presque - est impliqué le commerce.


00:13:10:14 Interview Gojko Barjamovic
When the Assyrians left Aššur, they would first cross the Assyrian desert with their caravans, which is a flat and relatively dry area until they reach the great river the Euphrates. That river they have to cross with ferries or with rafts. And after doing that, they had an arduous journey across the Taurus, wild and high mountains.
The Assyrians brought their goods to Anatolia on donkey caravans. A donkey can carry 65 kg. They were carrying textiles of luxury quality. These were very fine and expansive wares. And on the side, they would carrying tin. We don't know where the tin came from. But probably they were brought to Aššur where the Assyrians bought them from very far away on the east, where is today Afghanistan and Kazakhstan.
They brought tin in such large quantities, that it's hard to believe that all of it was consume locally, here in Turkey. We don't know where this tin ended up. We know that the copper that was typically blended with to produce bronze was also procure here on mines here in Anatolia, in very large quantities. And the Assyrians merchants were the ones who traded it.
Quand les Assyriens partaient d'Aššur, ils traversaient d'abord le désert avec leurs caravanes, une région plate et relativement aride, avant d'atteindre l'Euphrate. Ils devaient traverser ce fleuve sur des bacs et des radeaux. Ensuite, ils avaient un trajet difficile à travers les montagnes sauvages et élevées du Taurus.
Les Assyriens transportaient leurs marchandises jusqu'en Anatolie avec des caravanes d'ânes. Un âne peut porter 65 kg. Ils transportaient des étoffes de luxe, fines et chères. Et sur les flancs, ils portaient de l'étain. On ne sait pas d'où venait l'étain, mais sans doute il était apporté jusqu'à Aššur, où les Assyriens l'achetait, depuis très loin à l'est, où se trouvent aujoud'hui l'Afghanistan et le Kazakhstan.
Les quantités d'étain qu'ils apportaient étaient telles que c'est difficile d'imaginer que tout était consommé localement, ici en Turquie. Nous ne savons pas jusqu'où l'étain était apporté exporté. Nous savons que le cuivre, avec lequel on l'alliait pour produire du bronze, était extrait dans les mines d'Anatolie, dans de très grandes quantités. Et c'était les marchands assyriens qui le négociaient.

00:14:35:05 Voix Tarām-Kūbi
Nous sommes à l'âge du Bronze. Le commerce de ces métaux était essentiel.
L'étain que nous importions en Anatolie était allié au cuivre local pour obtenir du bronze et ainsi fabriquer de nombreux ustensiles de la vie quotidienne : armes, vaisselle, outils…

00:14:59:00 Lettre de Husārum à Pūšu-kēn
Šu-Kūbum t'apporte 2 talents 10 mines d'étain scellé, 40 étoffes-kutānū, y compris celles servant d'emballage, 2 ânes noirs et 17 mines d'étain pour les dépenses courantes. Une fois que les marchandises redescendront du palais et que les taxes seront payées, que Šu-Kūbum ne s'attarde pas un seul jour et m'apporte mes marchandises.

00:15:25:22 Voix Tarām-Kūbi
Listes de marchandises, comptes de dépenses de caravanes… De nombreuses tablettes relatent l'organisation de ce commerce.
Il faut dire que les quantités de marchandises que nous envoyions à Kaneš étaient spectaculaires : environ 4 tonnes d'étain et 3 800 textiles voyageaient chaque année !

00:15:48:15 Lettre d'Imdī-ilum à Ikuppiya, Ahu-waqar et Puzur-Ištar
Les 26 étoffes Kutānum de la caravane d'Aššur-emūqī qu'Aššur-tāb a fait sortir ont été perdues dans les montagnes de Māma. Que votre rapport me parvienne pour me dire si la caravane l'a dédommagé ou non.

00:16:03:10 Lettre de lmdī-ilum à Annalī, Aššur-idī et Amur-ilī
Pourquoi m'écrivez-vous sans cesse que vous avez ajouté 13 sacs contenant vos rouleaux d'étoffes au-dessus de mes paquets fixés au dos des ânes ? Car ainsi vous maltraitez mes ânes et me mettez en colère ! C'est urgent ! Veillez à bien nourrir les ânes, ne soyez pas économes avec le fourrage, et n'ajoutez aucun de vos rouleaux sur mes paquets.

00:16:33:21 Voix Tarām-Kūbi
Il nous fallait payer des taxes aux autorités anatoliennes pour transporter ces marchandises en sécurité. Nos caravanes pouvaient alors emprunter des routes surveillées et nos biens étaient garantis en fonction de leur valeur déclarée. Mais certains marchands inventaient toutes sortes de moyens pour éviter de payer les taxes et augmenter leurs bénéfices. Ils n'hésitaient pas à détailler leurs pratiques frauduleuses par écrit.

00:16:58:22 Lettre de Buzazu à Puzur- Aššur, Ṭāb- Şilli-Aššur, Aššur-bāni, Adad-bāni et Ikuppaša
Si le chemin détourné est sûr, c'est par ce chemin détourné que mon étain et mes étoffes de bonne qualité, devront me parvenir par une caravane.
Si le chemin détourné est impraticable que l'on apporte l'étain à Hurrama. Que des habitants de Hurrama fassent entrer la totalité de l'étain dans la ville par quantités d'un talent chacun ; ou encore, que l'on fasse des paquets de 10 ou 15 mines chacun, et que les employés de la caravane les fassent entrer dans la ville, cachés dans leurs sous-vêtements.

00:17:28:19 Voix Tarām-Kūbi
La fraude pouvait prendre différentes formes.
C'est ainsi que mon époux Innaya s'est aventuré dans le trafic de fer et de lapis-lazuli.
Le négoce de ces matériaux extrêmement précieux à notre époque était réglementé par les autorités. Ses marchandises furent confisquées et il fut mis en prison.

00:17:48:09 Lettre de Tarām-Kūbi à son époux Innāya
En ce qui concerne le lapis-lazuli, les cas sont rejetés par décision de justice. Jusqu'à présent, notre affaire n'a pas encore été jugée par l'assemblée de la Ville d'Aššur. (…)
Dès que le jugement aura été rendu, nos rapports détaillés t'arriveront par un courrier, ne t'impatiente pas, renforce tes témoins, certifie tes tablettes et envoie-les-moi par le prochain courrier. Envoie-moi l'un des serviteurs.
Ta maison et ton enfant se portent bien.

00:18:22:01 Voix Tarām-Kūbi
Après avoir traversé désert et montagnes, les caravanes arrivaient sur le plateau de l'Anatolie centrale, sur cette plaine fertile que domine le mont Erciğes.

00:18:34:10 Interview Cécile Michel
Alors Kaneš était le centre, stratégique, des différents comptoirs de commerce qui ont été installés par les Assyriens sur le plateau anatolien, et on compte à peu près, selon qu'on est au 19e-18e siècle, entre 35 et 40 comptoirs de commerce assyriens. Mais Kaneš était le centre névralgique de ce réseau commercial, c'est-à-dire que c'est à Kaneš qu'arrivaient les caravanes d'ânes lourdement chargées en étoffes et étain depuis Assur, et c'est là que les caravanes étaient désassemblées, les marchandises étaient dédouanées au palais local et après étaient soit vendues sur place soit envoyées dans les autres comptoirs de commerce par vente à crédit des marchandises à des agents, qui devaient essayer d'obtenir le maximum de bénéfices et ramener les capitaux aux marchands installés à Kaneš.

00:19:26:19 Voix Tarām-Kūbi
Une fois les marchandises vendues, en retour de plus petits convois rapportaient à Aššur de l'argent et de l'or. Nous attendions ces métaux précieux avec impatience.

00:19:39:04 Lettre de Tarām-Kūbi à son époux Innāya
Tu m'as dit avoir laissé des bracelets et des bagues que je peux vendre pour acheter à manger. (…) Mais je ne les ai pas trouvés. Quand tu es parti, tu ne m'as pas laissé un seul sicle d'argent, tu as dégarni la maison et tu as tout vidé. Or, depuis que tu es parti, une famine terrible s'est installée à Assur, et tu ne m'as même pas laissé un litre d'orge. J'ai pourtant besoin d'acheter de l'orge pour nous nourrir (…) Mais de quelle extravagance m'accuses-tu ? Il n'y a absolument rien pour notre nourriture, et tu penses que nous pourrions faire des folies ! J'ai rassemblé tout ce que je pouvais et je te l'ai envoyé. Aujourd'hui, je vis dans une maison vide. C'est le moment d'acheter les céréales. Envoie-moi l'argent de la vente de mes étoffes afin que je puisse acheter dix mesures d'orge.

00:20:32:07 Voix Tarām-Kūbi
Les voyages de mon époux se sont espacés avec le temps, je n'ai cessé de lui écrire et de réclamer sa présence. En vain. Il décéda à Kaneš, où mes tablettes ont été conservées dans sa maison, et enfouies par le temps.

00:20:46:07 Interview Cécile Michel
Alors, le principe de fouille, c'était de fouiller, de façon exhaustive, chaque année une, deux, ou trois maisons.
Chaque assyriologue qui travaille sur Kültepe, on est moins d'une dizaine dans le monde, une petite dizaine, est en charge d'un lot d'archives spécifiques exhumées pendant une année dans une maison particulière.

00:21:09:20 Voix Tarām-Kūbi
Dans chaque maison, une pièce était consacrée au stockage des marchandises et des tablettes. Nos tablettes étaient rangées sur des étagères, dans des boîtes en bois, ou bien dans des jarres en terre cuite posées au sol. Elles étaient triées : les lettres d'un côté, les documents comptables ou juridiques d'un autre… Des étiquettes en argile indiquaient le contenu des récipients.

00:21:32:06 Voix Tarām-Kūbi
Dans cette maison on a trouvé les archives du marchand Šalim-Aššur.

00:21:37:16 Interview Mogens
Fairly large house, excavated in 1994… And they found an archive of just about 1200 texts in the house. Which is a very large archive. And it reflects the life of a family that we can follow, actually, in no less than 5 generations.
The main person in the family for a long time, Šalim-Aššur, when he died, his 2 sons got involved in a long long and complicated lawsuit over the inheritance. And they were 2 brothers and a sister, and the brothers fell out with each over.
I think we have more than 100 individual texts that tell us about aspects about that lawsuit.
This is one of the interesting aspect of the archive, that it gives us an enormous amount of information about legal matters.
In other families, we have both men, but especially women, who write very unusual and very personal texts.
Une assez grande maison, fouillée en 1994. Ils y ont découvert une archive d'environ 1200 textes. C'est une archive énorme. Elle retrace la vie d'une famille que nous pouvons suivre sur cinq générations.
Quand le personnage principal de cette famille, Šalim-Aššur, est décédé, ses deux fils ont été impliqués dans un procès très long et compliqué, au sujet de l'héritage. Il y avait deux frères et une soeur, et les frères se sont disputés. Je crois que nous avons plus de 100 textes qui concernent ce procès. Un des aspects intéressant de cette archive c'est qu'elle nous donne énormément d'informations sur des aspects juridiques.
Dans d'autres familles, il y a des hommes, mais sutout des femmes, qui écrivent des textes très personnels et inhabituels.

00:23:03:00 Voix Tarām-Kūbi
Si nos lettres étaient parfois inhabituelles, par rapport à celles des hommes, c'est que nous devions aussi gérer d'étranges choses à Aššur.
Nous enterrions nos morts sous le sol des maisons, et pouvions ainsi rendre un culte à nos ancêtres. Mais à Aššur, comme les hommes étaient souvent absents et ne pouvaient les honorer, nous étions seules avec les esprits des morts, qui parfois nous terrorisaient

00:23:28:09 Lettre de Tarīš-mātum et Bēlātum à Pūšu-kēn, Puzur-Ištar, Usur-ša-Aššur, Ilabrat-bāni et Iddin-Ištar
Ici, Bēlātum est malade, à cause de l'argent des offrandes votives de notre père et nous sommes maltraitées par les démons et par les esprits des morts !
Là-bas, adressez-vous à Pūšu-kēn afin qu'il vende tout l'étain et toutes les étoffes qu'il pourra, qu'il scelle l'argent et qu'il l'envoie afin de sauver vos vies et nos vies ! Ici, le dieu met à mal la maison de votre père !

00:23:52:24 Interview Cécile Michel
Les archives de Kaneš ont fourni un nombre assez conséquent de lettres de femmes et ces lettres de femmes sont souvent très intéressantes parce que contrairement aux lettres d'hommes qui sont plutôt des lettres d'affaires, les lettres de femmes laissent transparaitre des sentiments. Ce sont en plus des lettres qui utilisent un langage vernaculaire, plutôt une langue parlée et donc qui sont très très vivantes. En plus ce sont des lettres qui nous documentent sur la vie quotidienne, sur la vie de ces femmes à Assur et comment elles sont devenues, à la tête de leur maisonnée, en charge de beaucoup de choses. Outre les enfants, l'éducation des enfants, il faut s'occuper de tout le domestique, de la maison elle-même qui nécessite des réparations. En plus elles sont à Assur, elles sont en relation avec les partenaires, ou les agents, les représentants de leurs époux, et avec les autorités, donc elles sont aussi amenées à régler des affaires avec les collègues de leur mari, de leur père, etc. Donc ce sont des femmes qui sont extrêmement actives et dont on peut reconstruire les activités grâce, entre autres, à cette correspondance.

00:25:18:06 Interview Cécile Michel
Alors, cette petite lettre est assez extraordinaire ; c'est une lettre qui mesure pas plus de 5,5 cm/5,5 cm et qui comporte une cinquantaine de lignes, donc c'est très dense. C'est écrit tout petit. C'est une lettre qui a été envoyée par une femme qui s'appelle Ummī-Išrara.
Ummi-Ishrara était une femme consacrée au dieu Aššur et donc elle s'était pas mariée et elle habitait à Aššur. Et elle écrit cette lettre à sa mère, mais surtout à sa soeur Šalimma. Parce que cette dernière a quitté son mari, a quitté ses enfants pour aller vivre à Kaneš auprès de sa mère.
Ummī-Išrara, du fait qu'elle est fille consacrée, estime qu'elle a un devoir moral envers sa famille et surtout sa soeur et donc elle lui fait une longue lettre de réprimandes et de morale et donc il faut impérativement qu'elle vienne habiter avec son mari et ses enfants à Aššur.

00:26:25:07 Lettre de Ummī-Išhara à sa soeur Šalimma
Le jour où Pilah-Ištar est arrivé ici, comme tu n'étais pas revenue avec lui, ton mari était très malheureux et pendant cinq jours il n'est pas sorti de sa maison. Ecris-moi si tu cherches un autre époux et te désintéresses du tien, afin que je le sache ! Si non, prépare-toi à partir et reviens ici rapidement.
Si tu ne reviens pas ici au plus vite, tu vas me mettre en conflit avec ton mari et tu vas laisser tes enfants dépérir, et moi, plus jamais je ne mentionnerai ton nom ! Tu ne seras plus ma soeur, et tu ne dois plus jamais m'écrire !

00:27:03:10 Voix Tarām-Kūbi
Les historiens savent très peu de choses sur les femmes consacrées et leurs fonctions religieuses au sein du temple. Elles étaient célibataires et avaient un statut social important. Ce qui est certain, c'est que les riches marchands souhaitaient voir leur fille aînée consacrée au dieu Aššur.
Mais la plupart des femmes étaient occupées à fabriquer des étoffes.

00:27:38:19 Lettre de Lamassī à son époux Pūšu-kēn
Si tu es mon frère, si tu es mon maître, porte un peu d'attention à ce que je te demande. Montre-toi un homme d'honneur et interromps tes obligations. J'ai remis une étoffe épaisse à Aššur-malik lors de son précédent voyage, mais il ne me l'a pas payée. Cette fois-ci, il t'apporte un sceau en lapis-lazuli d'excellente qualité. Lorsque tu m'enverras mon argent, pense à ajouter aussi un peu de laine, car la laine est chère ici à Aššur.

00:28:17:00 Voix Tarām-Kūbi
Lamassī était la femme de Pūšu-kēn, un des marchands les plus importants de Kaneš. Comme nous toutes, elle confectionnait les étoffes que son mari revendait en Anatolie, et touchait de l'argent de cette activité.
Nos étoffes de qualité servaient en partie à habiller les cours des différentes cités anatoliennes de l'époque. Elles étaient réputées pour leur laine et la finesse de leur tissage.

00:28:44:10 Voix Tarām-Kūbi
Aujourd'hui, les savants cherchent à comprendre comment nous procédions pour fabriquer les étoffes. Contrairement à nos tablettes, les textiles n'ont pas traversé le temps. Les métiers à tisser non plus. Cette activité a laissé très peu de traces, et les traditions se sont perdues.

00:29:11:00 Voix Tarām-Kūbi
Nous savions choisir la laine, reconnaître ses qualités, la longueur, la finesse des fibres.

00:29:21:17 Voix Tarām-Kūbi
La vente de nos étoffes alimentait notre entreprise familiale. Mais c'était un travail considérable qui occupait toutes les femmes de la maison : des femmes plus âgées aux très jeunes filles, jusqu'aux servantes aussi.

00:29:38:05 Lettre de Lamassī à son époux Pūšu-kēn
Pourquoi m'écris-tu à chaque fois que les étoffes que je t'envoie ne sont pas bonnes ? Qui vit dans ta maison et déprécie mes étoffes lorsqu'elles arrivent ? Pourtant, je fais de mon mieux pour fabriquer et t'envoyer régulièrement des étoffes afin qu'à chaque voyage, en retour, je dispose d'au moins 10 sicles d'argent pour gérer ta maison.

00:29:59:15 Voix Tarām-Kūbi
Nous fabriquions différents types d'étoffes, des plus épaisses aux plus fines. Certains marchands envoyaient des consignes très précises à leurs femmes.

00:30:15:04 Lettre de Puzur-Aššur à Waqqurtum
On doit tasser sur un côté du textile mais surtout ne pas tirer sur les fibres. Ses fils de chaîne doivent être denses. Ajoute une mine de laine en plus par coupon par rapport aux textiles que tu m'as envoyé auparavant, mais attention, il faut qu'ils restent fins. On doit tasser l'autre côté très légèrement seulement. S'il est encore pelucheux, on peut l'épiler comme s'il s'agissait d'une étoffe de type kutānum.
En ce qui concerne l'étoffe à la mode abarnienne que tu m'as envoyée, ne m'en envoie pas d'autre comme celle-là ! Si tu veux quand même en faire, fais-en comme celles que je portais là-bas. Si tu ne parviens pas à faire des étoffes fines, j'ai appris qu'il y en avait plein en vente là-bas. Alors achètes-en et envoies-les moi !
Une étoffe que tu tisses, une fois finie, doit mesurer 9 coudées de long sur 8 coudées de large.

00:30:57:03 Interview Cécile Michel
Et là c'est une donnée extrêmement intéressante parce qu'il donne les dimensions d'une étoffe de type kutanum : « Une étoffe que tu tisses, une fois finie, doit mesurer 9 coudées de long et 8 coudées de large », c'est-à-dire 4m par 4m50. C'est des coupons d'étoffe extrêmement grands. Et cette mention de dimension, elle se trouve là, sur le côté gauche.

00:31:32:22 Voix Tarām-Kūbi
Combien de temps nous fallait-il pour confectionner ces grandes étoffes ?
Avant de filer la laine, nous devions d'abord la laver et la préparer. Il fallait ensuite filer quelques 36 km de fils de laine… pour fabriquer une seule étoffe de cette dimension ! Ce qui représentait 3 mois de travail pour une seule personne !
Nous pouvions alors tisser l'étoffe. Une femme pouvait ainsi produire 2 textiles ½ par an. Comme toutes les femmes de la maison participaient, nous étions capables de confectionner 25 textiles par an.

00:32:12:14 Voix Tarām-Kūbi
Ces étoffes valaient très cher ! Avec une vingtaine de textiles, nous pouvions gagner jusqu'à 4 mines d'argent par an, ce qui correspondait au prix d'une petite maison à Aššur…

00:32:26:04 Lettre de Lamassī à son époux Pūšu-kēn
S'il te plaît, ne te mets pas en colère parce que je ne t'ai pas envoyé les étoffes que tu m'avais commandées. Notre petite fille a bien grandi et j'ai dû faire une paire d'étoffes épaisses pour la carriole. En plus, j'ai fabriqué des étoffes pour habiller les domestiques et les enfants, c'est pour cela que je n'ai pas réussi à t'envoyer les étoffes promises. Je t'enverrai dans un prochain convoi toutes les étoffes que j'arriverai à faire.

00:32:55:15 Voix Tarām-Kūbi
Nos étoffes de qualité sont visibles sur les dessins miniatures de nos sceaux, sur les enveloppes des contrats ou des courriers, mais aussi sur les scellements des récipients contenant des marchandises ou des denrées. On déroulait sur l'argile fraîche un petit cylindre en pierre, sur lequel étaient gravés des dessins miniatures.
Souvent, les dessins de style assyriens représentaient les vêtements avec des traits verticaux, ceux de style anatolien avec des traits obliques.
Les hommes fermaient l'étoffe avec une ceinture en tissu ou en métal, les guerriers y accrochaient d'ailleurs leurs armes. Les femmes attachaient l'étoffe avec une longue épingle en métal, parfois ornée d'une pierre précieuse.

00:33:44:00 Interview Cécile Michel
On a ici une enveloppe qui est en 2 morceaux, que j'ai pu recoller. Et ici, eh bien c'est le déroulé du sceau cylindre de Tariša. On voit bien, la séquence se répète. Ici on a un bovin qu'on retrouve ici. Avec un petit dieu qui est juché sur le bovin. Donc Tariša possédait son sceau personnel.
Y'avait des femmes qui possédaient leur sceau au même titre que les hommes, donc ça prouve bien qu'elles pouvaient initier des affaires, passer des contrats, envoyer du courrier. C'était des femmes qui agissaient au même titre que les hommes et qui pouvaient effectivement mener des transactions financières. De même, il est possible que certaines de ces femmes, tout comme pas mal d'hommes, écrivaient par elles-mêmes leur propre courrier.
Là on a une étude en cours sur les mains de scribes et la paléographie, donc on ne peut pas encore dire si c'est Tariša qui écrivait ses lettres, mais on est en train d'étudier. Et plusieurs de ces lettres représentent effectivement la même main.

00:35:01:21 Voix Tarām-Kūbi
Les épigraphistes se demandent si nous écrivions nous-mêmes nos tablettes.
Il est vrai qu'il existait des scribes professionnels à Aššur.
Leurs tablettes sont bien identifiables : elles sont parfaitement formées, leur écriture est minutieuse.
Mais nous autres marchands, épouses et soeurs de marchands écrivions fréquemment. Les assyriologues peuvent repérer nos fautes d'orthographe, de grammaire, de syntaxe…

00:35:26:10 Interview Cécile Michel
Ces femmes font preuve d'une grande autonomie, à la fois morale et financière, et tous les préjugés qu'on pouvait avoir sur la femme dans l'Antiquité sont à nettoyer et balayer par cette documentation qui montre en fait que la femme tenait un rôle fondamental, non seulement au sein de sa famille, mais dans la société.

00:35:53:04 Voix Tarām-Kūbi
Tariša était la soeur d'Aššur-taklāku. Leur père est décédé en laissant d'énormes dettes. Elle écrit plusieurs lettres à son frère qui habite Kaneš. À Aššur, Tariša doit gérer leurs ennuis financiers.

00:36:07:03 Interview Cécile Michel
Tariša est en relation avec les financiers et les créanciers du père à Assur et donc devait faire face effectivement à tous ces créanciers.
Alors elle a écrit un certain nombre de lettres qui sont particulièrement intéressantes parce elle explique qu'il ne faut pas que les ancêtres soient entachés du fait qu'ils n'arrivent pas à régler cette situation difficile.

00:37:56:12 Voix Tarām-Kūbi
J'ai bien connu Tariša, elle a habité un temps à Kaneš, et nous envoyait de l'argent, à Lamassī et à moi. Nous pouvions ainsi mener nos propres transactions.
Contrairement à Tariša, je n'ai jamais voyagé à Kaneš… Les historiens peuvent pourtant reconstituer la vie parmi ces ruines.

00:38:17:19 Interview Mogens Larsen
Well you have seen the site itself. And it is not perhaps so easy when you are there to see what this was. But if you introduce all the knowledge that we have from the texts… I mean you can imagine... the donkeys... You can imagine the big streets where the carts would pass by and there would be a lot of noise. It would probably stink and be very unpleasant to a modern nose to be there.
You have to understand that the texts are sort of everyday practical texts. They do not write anything that is not really concerned with a practical matter.
Very occasionally you hear that for instance somebody was having a lot of drinks with an Anatolian gentleman, that must have been a bar somewhere where they could go and get thoroughly drunk and have an argument. And this is, very occasionally things like that come out. I just saw the other day a letter which was about a young man who was to be married and his sister who was very angry with him wrote about him that he should not, once he had married this girl, he should not come back and say “I only did it because I was drunk”.
Vous avez vu le site. Quand vous y êtes, ce n'est pas forcément facile d'imaginer ce que cela pouvait être. Mais avec toutes les connaissances acquises par les textes, vous pouvez imaginer… les ânes… Vous pouvez imaginer les rues larges où circulaient les chariots… Il y aurait beaucoup de bruit, cela sentirait probablement mauvais.
Ce sont des textes de la vie quotidienne. Ils n'écrivent pas au sujet de ce qui ne relève pas de questions pratiques.
Très rarement, on apprend par exemple… que quelqu'un est allé boire beaucoup d'alcool avec un Anatolien, il devait y avoir un bar quelque part où ont pu aller et se saouler, et se disputer. Ces rares que ces choses apparaissent dans les textes. L'autre jour, j'ai vu une lettre au sujet d'un jeune homme qui devait se marier. Sa soeur, très fâchée contre lui, écrit à son sujet qu'une fois qu'il aura épousé cette fille, il ne devra pas revenir et dire :
« Je l'ai épousée parce que j'étais ivre ! ».

00:40:06:12 Voix Tarām-Kūbi
Les marchands fréquentaient parfois une taverne où l'on vendait de la bière d'orge. C'était notre boisson de base. C'était généralement une femme qui tenait l'établissement et fabriquait la bière. D'ailleurs, dans chaque maison, les femmes préparaient la bière quotidiennement.

00:40:23:05 Lettre de Tarām-Kūbi à son époux Innaya
La saison est là. Fais-moi porter de l'argent afin que l'on t'engrange des céréales avant ton arrivée. Le pain de bière que je t'avais préparé, il est devenu rance. (…)
C'est urgent ! Lorsque tu auras entendu cette lettre, viens, regarde vers Aššur, ton dieu, ton foyer, et tant que je vivrais que je puisse voir tes yeux.
00:40:45:16 Interview Mogens Larsen
So you have to imagine, you have to put it in yourself when you walk there. And this is perhaps not so easy when you just see a few remains of walls and rooms where you had no idea what went on in those rooms and so on. But when we concentrate on the texts and we try to draw out what is there, we can actually get a fairly good impression of what life was like in this place.
Donc vous devez imaginer, quand vous marchez là… Et ce n'est pas facile quand vous voyez juste quelques ruines de murs et de pièces… Et que vous n'avez aucune idée de ce qui se passait dans ces pièces. Mais si on se concentre sur les textes, on peut avoir une bonne idée de ce à quoi ressemblait la vie sur ce site.

00:41:24:16 Voix Tarām-Kūbi
Sur le site de Kültepe, les archéologues n'ont pas trouvé que des tablettes. Mais aussi de nombreuses céramiques, parfois de drôles de céramiques avec des formes humaines ou des têtes d'animaux… ou encore des bijoux, des armes, des outils et de la vaisselle en bronze.
Et puis de nombreuses idoles…
Ces idoles sont typiques de Kültepe, elles sont en albâtre avec une ou plusieurs têtes, des corps en forme de cercle. Elles sont assez anciennes, entre 2 500 et 2 000 avant votre ère. Bien plus anciennes que l'époque où nous autres Assyriens commercions avec l'Anatolie.

00:42:20:15 Voix Tarām-Kūbi
Plus d'une trentaine d'idoles sortent de terre, toutes enfouies dans une même pièce.
A côté, un immense bâtiment officiel a été mis au jour, certaines de ses pièces semblent avoir servi pour stocker des marchandises.

00:42:39:19 Voix Tarām-Kūbi
Si ces idoles sont typiques d'Anatolie, les fouilles ont livré d'autres surprises. Les archéologues ont découvert plus de mille étiquettes en argile, imprimées de sceaux mésopotamiens.
Ces étiquettes servaient à sceller les marchandises et montrent ainsi que les échanges avec la Mésopotamie existaient bien avant notre arrivée en Anatolie. Nos ancêtres commerçaient déjà avec Kaneš.

00:43:13:12 Voix Tarām-Kūbi
Sur la trentaine de comptoirs de commerce que nous avions installés en Anatolie, seulement 3 ont été découverts par les archéologues. Et à Aššur, nos maisons sont toujours enfouies sous terre, avec nos tablettes.
Autant de tablettes qui attendent d'être déchiffrées…

00:43:40:06 Voix Tarām-Kūbi
Grâce à nos tablettes, nos vies ont traversé le temps, jusqu'à vous parvenir aujourd'hui. Mais c'est une petite fenêtre sur nos vies que les archéologues ont découvert : 50 ans de correspondance entre Aššur et Kaneš.
C'est une chance que nous ayons écrit sur de l'argile…










Réalisateur(s)

Vanessa TUBIANA-BRUN

Résumé

Il y a environ 4 000 ans, des marchands assyriens ont établi un comptoir commercial dans l'ancienne ville de Kaneš, en Anatolie centrale. Ils venaient d'Aššur, au nord de la Mésopotamie.
On connaît leur histoire grâce aux tablettes d'argile sur lesquelles ils écrivaient, et qui ont résisté à l'épreuve du temps : plus de 22 500 tablettes cunéiformes ont été découvertes en Turquie, sur le site archéologique de Kültepe. Que faisaient ces tablettes mésopotamiennes en Anatolie et que nous apprennent-elles ?
La voix de Tarām-Kūbi, une femme assyrienne qui correspondait avec son frère et son époux installés à Kaneš, nous fait remonter le temps.

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