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© CNRS - 2021

Numéro de notice

7280

Antarctique, laboratoire de glace (L')

Par son isolement et ses conditions climatiques extrêmes, l'Antarctique est un territoire hostile mais il est également le lieu d'opportunités uniques pour la recherche et un espace réservé à l'exploitation scientifique depuis le protocole de Madrid signé en 1991. Ce film propose de découvrir le travail de quatre chercheurs parmi les scientifiques de disciplines variées venus mener leur projet de recherche sur le continent Antarctique : étude du comportement des animaux, observation des champs magnétiques terrestres, collecte et analyse de micrométéorites ou encore mesure du bilan de masse de surface des glaciers.

Durée

00:11:37

Année de production

Définition

HD

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Couleur

Son

Sonore

Version(s)

Français
Anglais
VI

Support Original

MPEG4

Transcription


Commentaire voix off :
L'Antarctique, véritable continent de glace. Une immensité blanche qui s'étend à perte de vue sur 14 millions de kilomètres carrés. Le climat extrême qui y règne et l'éloignement de la civilisation en font une contrée hostile pour quiconque y met les pieds. Mais l'Antarctique constitue aussi une opportunité unique pour la recherche, du fait notamment de l'absence de pollution humaine directe. La France est ainsi présente en Terre-Adélie par l'intermédiaire de deux stations gérées par l'Institut polaire français et dédiées à la recherche : la station Dumont d'Urville et sa base annexe Cap Prud'homme qui sont situées sur la côte, et la station Concordia, en plein coeur du continent.
Ces stations permettent aux chercheurs de mener des projets de recherche très divers tout au long de l'année. Mais quels sont ces projets qui peuvent parfois durer des décennies ? Qui sont ces chercheurs qui étudient la glace, les animaux, et une infinité de choses souvent invisibles à l'oeil nu ?
Yan Ropert-Coudert est écologue, et il étudie les populations de manchots, un oiseau emblématique des pôles. Son objectif est de mieux comprendre leurs déplacements, mais aussi leurs interactions avec leur environnement, soumis à des transformations liées au changement climatique.
Yan Ropert-Coudert :
L'idée c'est de les équiper avec des appareils qui vont mesurer leur activité lorsqu'ils sont loin de leur colonie, lorsqu'ils sont en mer, leur activité mais pas seulement, ces appareils vont aussi mesurer finalement l'état physique de leur environnement, la température de l'eau, sa salinité ou d'autres choses comme ça. Et ça va nous aider, en fait, à comprendre comment se porte l'écosystème, quel est son statut, est-ce que tout se passe bien, est ce que l'oiseau trouve beaucoup de ressources alimentaires ou au contraire est-ce qu'il a du mal à en trouver. Et en fait avec ces informations-là, on arrive à se servir des animaux comme éco indicateurs, des indicateurs si on veut, écologiques de l'état de l'écosystème. Donc ça c'est vraiment le coeur de mon travail. Et pour un peu, je dirai, suivre ça sur le long terme, j'ai mis au point des observatoires biologiques où en fait on suit tous les ans les mêmes espèces aux mêmes endroits. On suit leur activité sur tous les cycles de reproduction et on accumule comme ça une vision au long terme, une évolution en fait de l'écosystème en fonction des changements qui s'y passent.

Commentaire voix off :
La couverture de glace peut avoir un impact direct sur les populations de manchot Adélie. Lorsqu'un manchot va se nourrir, il a besoin de rejoindre l'océan pour capturer ses proies. Dès lors si la quantité de glace est trop importante et le prive d'accès à l'océan, il peut ne pas arriver à se nourrir.

Yan Ropert-Coudert :
On a eu deux années extraordinairement catastrophiques,
Yan Ropert-Coudert :
au point de vue de la reproduction du manchot Adélie. C'est-à-dire que pendant... de la saison 2013 à 2014 et la saison 2016-2017,

Yan Ropert-Coudert :
les oiseaux qui sont à peu près au nombre de 20.000 paires, 20.000 couples de manchots ont eu zéro poussins qui ont réussi à arriver à l'âge adulte. Et donc ça, ça avait été du jamais vu. Donc ça c'était un signe d'une couverture de glace un peu trop étendue. On ne s'est pas encore comment ça va se passer lorsque la glace va finalement avoir la tendance inverse qui est de réduire jusqu'à peut être disparaître complètement.
On sait que dans d'autres endroits de l'Antarctique c'est déjà un peu le cas, il y a beaucoup moins de glace et les manchots rentrent en compétition avec d'autres espèces qui profitent de l'absence de glace pour venir voir ce qu'il y a comme ressources intéressantes et donc cette compétition là, pour l'instant dans notre coin là où on étudie le manchot Adélie, on en a pas. Mais qu'est-ce que ça va donner plus tard, ça on ne sait pas.
Et c'est pour ça qu'il faut des observatoires pour pouvoir justement comparer ce qu'il y avait avant, maintenant et après.

Yan Ropert-Coudert :
Donc là pour l'instant, c'est toute cette accumulation de données qu'on fait vise à voir la "plasticité" ou la flexibilité que l'animal a

Yan Ropert-Coudert :
vis-à-vis de son écosystème.

Commentaire voix off :
Aude Chambodut est physicienne à Strasbourg. Elle étudie les champs magnétiques terrestres, invisibles à l'oeil nu mais essentiels à la vie sur Terre. Les données qu'elle produit sont ensuite intégrées à des bases internationales qui servent à développer des modèles sur les différents champs magnétiques.

Aude Chambodut :
L'objectif du programme n°139 de l'IPEV, les observatoires géomagnétiques, c'est d'avoir à la surface de la terre le plus de points possible où on va mesurer le champ magnétique de la terre. […] donc le but du jeu c'est véritablement de fournir des données de précision avec une grande homogénéïté et une plus grande régularité possible à la communauté internationale.
L'intérêt de mesurer le champ magnétique terrestre, c'est bien entendu d'avoir une connaissance du bouclier qui protège notre planète. Mais sur terre ce bouclier nous protège de ce vent solaire, de ses particules de haute énergie et va les dévier. Donc c'est important de connaître la structuration de ce bouclier magnétique. Connaître notre champ magnétique c'est aussi pouvoir avoir des modèles précis pour la navigation. D'accord, en fait il y a tout une suite comme ça de développements comme ça sui ne paraissent pas évidents au début lorsqu'on est dans un observatoire perdu au fin fonds de l'Antarctique, juste pour faire des mesures en vraies grandeurs du champs magnétique. Ces données sont tout de suite incorporées dans les bases de données internationales.

Commentaire voix off :
L'étude du champ magnétique permet donc aujourd'hui de comprendre ses évolutions et d'anticiper ses fluctuations pour éviter un impact trop important sur les instruments électroniques en cas de tempête solaire par exemple. Mais pourquoi mesurer ce champ en Antarctique et plus particulièrement à Concordia ?

Aude Chambodut :
Et là au centre du continent antarctique, il y avait, il y a vraiment un vide, il y a l'observatoire de Vostok bien sûr. Il y a quelques fois d'autres mesures qui sont faites dans d'autres observatoires, néanmoins le but, c'est de combler un trou géographique, bien entendu, mais c'est également le fait que nous sommes ici à Concordia le plus proche du pôle géomagnétique.

Commentaire voix off :
Le champ géomagnétique est un champ magnétique opéré par la terre qui forme une enveloppe, la magnétosphère. C'est cette enveloppe qui nous protège des radiations solaires. La station Dumont d'Urville est également située à proximité d'un autre pôle sud, il s'agit du pôle sud magnétique.

Aude Chambodut :
Donc là on a une combinaison en France de deux observatoires magnétiques qui sont plus proches de deux pôles magnétiques qui sont d'un intérêt certain.

Commentaire voix off :
L'antarctique permet également d'étudier les confins de notre univers. Jean Duprat, responsable du programme de recherche de poussières extraterrestres à Concordia, traque des poussières capables de nous éclairer sur la naissance de notre système solaire.

Jean Duprat :
L'objet de notre étude en fait, c'est la formation du système solaire, c'est-à-dire comment l'étoile puis les planètes sont nées il y a 4.5 milliards d'années.
Nous pour étudier ce moment-là, ce qu'on essaye de trouver c'est de la poussière qui a survécu à tout ce processus.

Commentaire voix off :
L'Antarctique offre un contexte particulièrement propice puisqu'il est entouré d'océans, et donc très protégé des poussières terrestres qui pourraient polluer ces recherches. Il ne reste donc plus qu'à filtrer la neige pour y trouver la matière qui intéresse les scientifiques.

Jean Duprat :
Le principe consiste à prendre des blocs neige dans cette tranchée très propre. On les met dans des bidons très propres et ensuite on les ramène à la base où on a un fondoir. On fond cette neige, on la filtre. Et dans le domaine en taille où l'on travaille, on a pu montrer il y a quelques années que l'essentiel des poussières est extraterrestre.

Commentaire voix off :
Jean Duprat et ses collègues s'intéressent à des objets très particuliers : des micrométéorites riches en matière carbonée.

Jean Duprat :
Quand on est tombé, il y a quelques années de ça, sur des objets auxquels on s'attendait pas du tout qu'on appelle des micrométéorites ultra carbonées. C'est des poussières qui en fait contiennent une partie minérale,
et qui, qui est clairement, enfin c'est des minéraux qu'on connaît bien, qui sont les minéraux typiques de la matière extraterrestre. Mais il y a toute une autre partie du grain, ces minéraux sont en fait imbriqués dans une matrice de matière organique. On a dans les mains des petits bouts de la partie solide d'une comète. Alors évidement il y a encore une question qui reste en toile de fond, lorqu'on commence à étudier la matière organique, c'est l'origine de la vie sur terre, alors, la matière organique que nous analysons dans ces objets-là est extrêmement éloignée du début de la vie.
On a vraiment de très très bonnes raisons de croire que au départ la terre, quand la terre s'est formée, elle était sèche. On étudie en fait la composition isotopique pour essayer de voir est-ce que c'est l'eau qui est contenue dans ces objets a les mêmes caractéristiques que l'eau terrestre. Et si oui, alors on a un bon candidat pour celui qui est responsable de ce que nous avons autour de nous là.

Commentaire voix off :
Si certains chercheurs comme Jean Duprat proposent des hypothèses sur l'origine de l'eau sur terre, d'autres étudient les évolutions de l'eau sur le continent antarctique. Vincent Favier, glaciologue à Grenoble, s'intéresse au bilan de masse de l'Antarctique à travers le programme Glacioclim, qui vise à étudier depuis 2004 les liens entre le changement climatique et les variations du bilan de masse de surface des glaciers à l'échelle du monde, c'est-à-dire leur état de santé. Pour ce faire, on essaye d'évaluer la quantité de neige accumulée d'une année sur l'autre.

Vincent Favier :
Les mesures qui sont effectuées sont donc aujourd'hui un étalon. Ce qui nous permet d'établir les valeurs moyennes et la variabilité climatique naturelle. Et lorsque le changement climatique sera visible dans la région, on devrait observer une augmentation du bilan de masse de surface, c'est-à-dire une augmentation de l'accumulation.

Commentaire voix off :
Pour étudier le comportement de la glace entre la zone côtière et le plateau, les chercheurs ont mené un Raid incroyable, le RAID Assuma.

Vincent Favier :
Nous avons effectué environ 1500 km à l'intérieur des terres, l'objectif de cette traverse était d'effectuer des mesures directement sur la physique de la neige sur la structure de surface de la neige.

Commentaire voix off :
L'objectif de ces recherches est avant tout de comprendre les effets du changement climatique et en particulier de l'élévation du niveau de la mer. L'Antarctique constitue en quelque sorte un miroir des phénomènes qui affectent nos océans.

Vincent Favier :
Pour comprendre les variations du bilan de masse de surface dans cette région, nous avons aussi installé des stations météorologiques qui nous permettent de suivre les températures, l'humidité, la vitesse du vent, et les conditions de rayonnements solaires et infrarouges.
Ces mesures sont fondamentales car s'il y a une évolution du bilan de masse de surface, celle-ci se fera très certainement accompagnée d'un changement des conditions météorologiques, des conditions de température et d'humidité.

Commentaire voix off :
Evolution des glaciers, observation du champs magnétique, étude du comportement des animaux, ou encore recherche sur les poussières extraterrestres, toutes ces recherches menées par les scientifiques au sein du continent Antarctique permettent de mieux comprendre les mécanismes qui affectent l'ensemble de notre planète. En observant tous ces phénomènes, ils peuvent proposer des modèles d'évolution du climat et ainsi nous alerter sur les changements à venir.


Réalisateur(s)

Vincent GACHES

Production

Délégation(s)

CNRS Images,

Nous mettons en images les recherches scientifiques pour contribuer à une meilleure compréhension du monde, éveiller la curiosité et susciter l'émerveillement de tous.