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© CNRS Images, 2019

Science sur le toit du monde (La)

Numéro de notice

6734

Durée

00:07:38

Année de production

2019

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00 :05 Maux de tête, vertiges, apnée du sommeil, le mal de l'altitude se manifeste dès que l'on passe du temps à plus de 2500 mètres. Mais sommes-nous tous égaux face à ces conditions extrêmes ?
A Grenoble, au coeur des Alpes, une équipe de scientifiques s'intéresse aux effets du manque d'oxygène sur notre organisme, qui peut survenir en altitude, ou en cas de problème respiratoire et vasculaire. Samuel Vergés est physiologiste, et étudie ce phénomène appelé hypoxie au sein de son laboratoire rattaché à l'hôpital d'Echirolles. Dans ces salles, des patients souffrant de problèmes respiratoires ou vasculaires sont encadrés par des équipes médicales qui leur font suivre des tests d'efforts. Certains protocoles permettent de placer le sujet dans certaines conditions d'altitude, en réduisant le taux d'oxygène inspiré. En enregistrant la réponse de l'organisme à ce stress, les chercheurs tentent d'en apprendre davantage sur nos capacités d'adaptation, en fonction de différents scénarios.

ITV Samuel VERGES, physiologiste
01 :05 Les différents modèles sont de fait l'exposition à l'altitude simulée en laboratoire, on peut le faire jusqu'à une douzaine d'heures, une nuit, ensuite lorsqu'on veut vraiment amener des sujets de plaine, qui habitent en plaine, en altitude, et bien on utilise nos Alpes Françaises ou Européennes, où là on a même des lieux de recherche comme l'observatoire Vallot juste en dessous du Mont-Blanc, où l'on peut passer avec des habitants de plaine quelques jours à 4300 mètres d'altitude, et donc on a conduit des recherches dans ces conditions là, et puis ensuite le modèle suivant c'est des personnes qui habitent en permanence à très haute altitude, et alors là, en Europe on n'en a pas, et donc ils faut se déplacer dans les grandes régions montagneuses à travers le monde, l'Himalaya et encore plus les Andes, où là on trouve des villes très importantes à plus de 4000, voire 5000 mètres d'altitude…

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01 :52 C'est justement vers l'une de ces villes des Andes que l'équipe de Samuel Vergès s'est envolé pour approcher ces populations de très haute altitude. Cette aventure, baptisée expédition 5300 rassemble une quinzaine de scientifiques venant de différentes disciplines qui vont étudier pendant plusieurs semaines la population de la Rinconada, la plus haute ville du monde, située au Pérou.
Mais avant cela, l'expédition 5300 a d'abord fait escale à Lima, la capitale du pays. Située au niveau de la mer, Lima sert de référence. Une vingtaine de volontaires se prête à des expériences et à des prélèvements sanguins qui seront plus tard comparés à ceux effectués à la Rinconada.
Après une escale à Puno, situé à 4300 m d'altitude, où les chercheurs ont commencé à observer les premiers effets du mal des montagnes, l'équipe a finalement relié la Rinconada par la route. Une ville de plus de 50.000 habitants qui s'est bâtie autour des mines d'or. Ici, la population est principalement composée de familles de mineurs, et la plupart d'entre elles cumule des problèmes de santé liés au mercure utilisé dans les mines ainsi que des troubles importants liés à l'altitude.
Des symptômes dont ont été victimes les scientifiques eux-mêmes à leur arrivée sur place.

ITV Stéphane DOUTRELEAU, cardiologue
03 :15 Au-delà de 25OO mètres, lorsque l'on arrive à une altitude donnée, on ressent ce manque d'oxygène, l'organisme qui a besoin d'oxygène et qui n'a pas de stock d'oxygène, va se débrouiller pour en apporter plus. Donc on va respirer plus, le coeur va s'accélérer.
Par contre quand on reste à une altitude donnée, on va développer des symptômes en quelques heures, essentiellement des maux de tête, des nausées, des vomissements, un manque d'appétit, des vertiges, et tout ça définit ce que l'on appelle le mal aigü des montagnes.
Par contre pour les populations qui vivent en permanence en altitude, il peut y avoir le développement d'une autre pathologie qu'on appelle le mal chronique des montagnes, qui est peut-être un peu moins bien cerné que le mal aigu des montagnes, mais qui comporte également tout un cortège de symptômes très généraux, avec de nouveau des maux de tête, des fourmis dans les bras, dans les jambes, ce genre de symptômes.

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04 :10 Dépourvus d'hôpital et de médecins, la population de la Rinconada attendait impatiemment la venue des scientifiques. Ils ont été plusieurs centaines à les rencontrer pour des analyses cliniques, et finalement une cinquantaine à prendre part à l'étude. Répartis en deux groupes, l'un atteint des symptômes du mal chroniques des montagnes, et l'autre non, ces habitants vont subir des prélèvements sanguins, des tests d'efforts, des analyses de leur tension artérielle ou de leur sommeil. Ces résultats vont être comparés avec ceux obtenus à Lima ou à Puno.

ITV Samuel VERGES, physiologiste
04 :42 On a déjà des résultats assez évidents que l'on obtient sur ces trois villes là, avec par exemple des quantités de globules rouges qui s'accroissent au fur et à mesure que l'on s'élève, et surtout, à la Rinconada, ce que l'on appelle l'hématocrite c'est-à-dire des quantités d'hémoglobine très très très élevées, probablement les valeurs les plus élevées qui ont jamais été mesurées, autour de 80% ces valeurs d'hématocrite alors qu'à Lima on était autour de 40% seulement d'hématocrite, c'est-à-dire la partie du sang occupée par les globules rouges.
Et puis à la Rinconada, bien sûr, il y a ce pourcentage de gens touchés par le mal chronique des montagnes, et là, c'est près d'un quart de la population qui est touchée par ce problème de santé à la Rinconada, du fait du manque d'oxygène, alors qu'à Lima bien sûr il n'y avait pas ces problèmes de santé là, et à Puno, c‘est moins de 5% de la population à 3800 mètres d'altitude qui souffre de ce mal chronique des montagnes.

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05 :34 De retour en France, les échantillons prélevés vont être répartis dans plusieurs laboratoires dont l'Institut pour l'avancée des biosciences à Grenoble.
Sous la conduite de Saadi Kochbin, biologiste spécialisé dans la génétique, les prélèvements de sang provenant de l'expédition 5300 vont ici être analysés. Il s'agit pour les chercheurs d'extraire l'ADN du sang et de cartographier le génome des différents Péruviens afin de mieux comprendre le lien entre hérédité et facultés d'adaptation

ITV Saadi KOCHBIN, biologiste moléculaire
L'inné ou l'acquis, je pense que c'est une question extrêmement importante, et je pense que cette analyse pourrait nous apporter des éléments de réponse par rapport à cette question, et en séquençant le génome des individus, on peut savoir si en fait on a un élément de séquence, donc un élément qui se trouve dans le génome, un élément qui va passer de génération en génération avec l'ADN, est-ce que en fait ces variations au niveau de ces éléments de séquences peuvent expliquer un certain nombre de comportements que l'on va observer, que les médecins vont observer quand ils vont aller sur place…

OFF 5
06 :45 Il faut encore de longs mois pour que l'ADN livre ses secrets. Ces découvertes pourraient permettre d'apporter un soutien médical à la population de la Rinconada et aux habitants des plaines victimes de pathologies respiratoires. Dans un futur proche, ces résultats pourraient aussi aider les prochains spationautes à mieux s'adapter à un manque d'oxygène rare et précieux. De quoi permettre à la science d'explorer les frontières du corps humain.

Résumé

À Grenoble, des chercheurs s'intéressent à l'hypoxie, c'est-à-dire au manque d'oxygène dans le sang qui peut survenir en altitude et ses conséquences sur l'organisme. Une première étude a été menée en France à des altitudes variées sur des sujets vivant en plaine. Puis une mission pluridisciplinaire, l'Expédition 5300, s'est intéressée à des sujets vivants en permanence en très haute altitude. Cette mission a mené une étude dans plusieurs villes du Pérou, dont Lima et la Rinconada, la plus haute ville du monde, où une part importante de la population souffre du mal aigu ou du mal chronique des montagnes. Les prélèvements sanguins et les données ainsi récoltés sont ensuite analysés en France dans plusieurs laboratoires, dont l'Institut pour l'Avancée des Biosciences de Grenoble.

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