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© CNRS Images, 2019

Tableaux en danger : les grands enjeux se jouent à petite échelle

Numéro de notice

6718

Durée

00:09:43

Année de production

2019

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HD
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Sonore

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00 :08 OFF 1
Les mousquetaires de la ronde de nuit, les intérieurs de Vermeer ou les marais de Mondrian sont-ils menacés de disparition ? Au sein des nombreuses couches de peinture qui composent ces oeuvres, de surprenants phénomènes chimiques mettent en danger la survie de ce patrimoine artistique.

00 :30 Situé au coeur d'Amsterdam, le Rijks Museum invite les visiteurs à parcourir une des plus prestigieuses collections des Pays-Bas

00 :40 On vient y admirer les chefs d'oeuvre de la peinture Hollandaise, les couleurs éclatantes de Van Gogh et l'abstraction de l'art moderne. Mais en approchant de plus près certaines de ces toiles, le spectateur peut parfois y distinguer des sortes de reliefs, des crevasses et des craquelures, qui ne sont pas toutes issues de la volonté artistique du peintre.

01 :00 Ces dégradations latentes ou déjà apparentes inquiètent les conservateurs de nombreux musées à travers le monde, qui voient leurs collections fragilisées au fil du temps.

ITV Rober VAN LANGH Directeur dept. conservation Rijksmuseum
01 :10 L'apparence d'un tableau peint il y a, disons, 300 ou 350 ans est bien différente de ce que l'on voit aujourd'hui. Le problème que nous devons résoudre c'est non seulement de comprendre comment il a été peint, mais aussi de regarder vers l'avenir : A quoi va t-il ressembler dans cent ans ? Si, des transformations importantes sont en cours et que nous pouvons les étudier, ça va être une aide précieuse pour les générations futures.
Ces changements doivent être suivis de très près, et donc bien étudiés.

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01 :48 Pour tenter d'identifier les facteurs de dégradation de certaines peintures, le Reijks museum mène une enquête au sein de ses ateliers de restauration. Ici, des spécialistes de la peinture et de la chimie se penchent sur l'état de santé de ces toiles provenant de nombreuses collections. Ils doivent procéder à un diagnostic précis. Avant d'envisager d'intervenir sur ces tableaux et plonger dans le parcours de ces oeuvres, pour retracer l'histoire de leur conservation.

02 :14 Au fil du temps, l'humidité ou l'exposition à la lumière ont pu déclencher des mécanismes de dégradation sur des pigments contenant notamment du zinc ou du plomb.
La chimiste Katrien Keune étudie ces phénomènes qui peuvent parfois conduire à des altérations irréversibles des oeuvres.

ITV Katrien KEUNE, chimiste
02 :36 Chaque pigment vieillit différement, mais ce que nous considérons comme une vraie menace, ce sont les dégats causés par certains pigments contenant du plomb ou du zinc. Lors de la dégradation de pigments au plomb, on observe des protubérances, des petites boules, ou des croûtes sur la toile. Le blanc de zinc, quant à lui, réagit avec l'huile, qui lui sert de liant au seine du pigment. On voit apparaître certains reliefs, ou des décollements de la peinture. Il faut rappeler que souvent, la peinture reste intacte, mais il peut y avoir des facteurs externes qui vont mener à différentes dégradations, et c'est ça que nous tentons de comprendre.

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03 :21 Si les restaurateurs privilégient des analyses optiques des oeuvres, l'étude de la dégradation des pigments nécessite de prélever parfois des échantillons directement sur la toile. Ce tableau, provenant des ateliers de Rembrandt, présente des altérations sur ses zones les plus claires. Les équipes de restauration vont devoir effectuer des prélèvements en différents points du tableau, pour analyser leur composition chimique, et dévoiler des traces de détérioration. Les optiques des microscopes révèlent la présence de crevasses et de bosses,
Qui peuvent parfois se développer rapidement à la surface des toiles, à cause de la transformation chimique de ces pigments.

ITV Petria NOBLE, restauratrice
04:01 Ces types de protubérances que nous étudions sont en général à l'echelle de 100 ou 300 microns, donc on peut très bien les observer au microscope. Je pense qu'il y a 20 ans, quand on a remarqué ces phénomènes, on ne comprenait pas bien de quoi il s'agissait. Aujourd'hui, on a une meilleure compréhension de phénomène. Ce que nous ne connaissons pas encore, ce sont les causes principales de ces dégradations, la manière de les ralentir, et quelles sont les conséquences à long terme sur l'intégrité des oeuvres.

04 :30 En ce moment, je travaille sur un tableau où l'on trouve deux zones de blanc de plomb, l'une présente des cratères et des bosses, l'autre est restée intacte. Quelle est l'origine de ces différences ? Est-ce la différence de composition chimique de la couche de peinture qui accélère cette dégradation, sur une zone plutôt qu'une autre ? C'est ce que nous cherchons à découvrir.

04 :51 OFF 4
Une fois prélevés, ces précieux échantillons vont être conditionnés dans une résine transparente pour pouvoir être analysés au microscope. Patiemment, les chercheurs doivent polir cette résine pour pouvoir faire affleurer l'échantillon de peinture à la surface. La lumière des microscopes révèle les différentes couches de peinture apposées par l'artiste sur le support de sa toile. Les particules de zinc apparaissent parmi certaines d'entre elles, migrant parfois depuis les couches inférieures jusqu'à la surface, pour provoquer des dégradations visibles.
Leur concentration et leur répartition permet un premier diagnostic, mais pour plonger plus profondément dans ces échantillons, les scientifiques ont besoin d'images en très haute résolution.

05 :36 Pour les obtenir, il nous faut nous rendre à Saclay en région Parisienne. C'est ici qu'est situé le synchrotron Soleil, un accélérateur de particules produisant une lumière extrêmement brillante, qui permet d'explorer la matière dans ses moindres détails. Cet instrument est mis à contribution pour étudier notamment ce qui est appelé la photoluminescence des échantillons de peinture prélevés au musée d'Amsterdam. Un rayon ultraviolet est envoyé à l'intérieur de ce microscope et va exciter l'échantillon pour récupérer sa photoluminescence. Une ré-emission de lumière bien particulière. Les résultats obtenus révèlent des détails impossibles à obtenir avec d'autres techniques d'imagerie.

06 :15 ITV Mathieu THOURY, physicien
Pour l'étude des matériaux anciens, qui sont des matériaux complexes hétérogènes, on cherche à collecter l'information physique et chimique la plus fine possible, et le rayonnement synchrotron nous permet justement d'aller rechercher des éléments en petite quantité, ou qui sont spatialement très localisés. Dans le cas d'une couche picturale, le pigment est mélangé au liant, et cela évidemment pour pouvoir le maintenir, le fixer lorsqu'il est apposé. Le fait de mélanger un pigment inorganique et un liant de type organique peut au cours du temps susciter un certain nombre de réactions chimiques, qui sont dépendantes à la fois du pigment et du liant. Et c'est ce qu'on observe malheureusement dans le cas de l'oxyde de zinc dans certains cas, et ce que nous cherchons à comprendre, c'est de mieux caractériser la nature de cette interaction : qu'est-ce qui la crée, qu'est-ce qui la jugule, et qu'est-ce qui permettrait peut-être dans le futur pour les oeuvres qui sont encore non-altérées de ne pas la déclencher.

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07 :05 Depuis deux ans, Selwin Hageraats conduit une thèse entre le Rijksmuséum et le laboratoire Ipanema de Saclay. Il développe des procédés d'imagerie pour étudier les phénomènes d'altération du pigment de blanc de zinc lorsqu'il est mélangé à un liant au sein des couches picturales. Le procédé de fabrication, la caractère acide ou basique de la couche picturale, ou encore l'humidité, sont autant de facteurs qui peuvent contribuer au déclenchement du phénomène de dégradation du blanc de zinc. Selwinn fait ainsi vieillir des échantillons dans des conditions d'humidité contrôlée afin de créer des modèles qui pourront servir à établir de futurs diagnostics sur des oeuvres.

ITV Selwinn HAGERAATS, chimiste
07 :45 Les échantillons de peinture sont très hétérogènes, et nous essayons de voir pourquoi certaines couches se dégradent très rapidement alors que d'autres restent intactes. Nous pensons qu'il y a peut-être un lien avec la diffusion de l'eau à travers la couche de peinture, ainsi que la différence de pigment utilisé. Une des techniques particulièrement adaptée c'est la photoluminescence. C'est idéal pour l'étude du blanc de zinc, parce qu'il luminesce, il émet de la lumière très intensément. Et ça nous permet de distinguer des particules individuelles. Nous avons aussi remarqué que les produits de dégradation de ces pigments sont également très luminescents. Ca nous permet de bien voir la distribution des dégradations à un niveau de détail très élevé. Un autre aspect de ce travail, c'est de pouvoir prédire la réactivité des pigments après avoir observé leur fluorescence. Nous pourrions alors prévoir quel tableau serait plus menacé et nécessiterait alors des traitements particuliers. Peut-être pourrions-nous alors importer cette technique du synchrotron à l'atelier de conservation comme outil de diagnostic.

OFF 6
08 :51 La science ne pourra pas inverser ces phénomènes de dégradation irreversible, mais pourrait fournir demain des outils permettant de ralentir ces mécanismes, et conseiller les musées sur leur politique de conservation. Pour que les générations futures puissent s'émerveiller encore longtemps, face à ces chefs-d'oeuvre d'ombre et de lumière.

Résumé

Les tableaux de nos musées sont-ils menacés de disparition ? En vieillissant, des phénomènes de dégradation apparaissent qui mettent en danger la survie des oeuvres.
Ces changements sont étudiés conjointement par des restaurateurs et des chimistes comme c'est le cas au département restauration du Rijksmuseum d'Amsterdam.
Les chercheurs y analysent des échantillons prélevés sur les tableaux. D'abord au microscope puis à l'aide d'un accélérateur de particules afin d'obtenir une meilleure compréhension des interactions entre les pigments et les liants et des réactions chimiques qui en résultent.
Parallèlement une étude sur l'altération du blanc de zinc est menée entre le Rijksmuseum et le laboratoire IPANEMA de Saclay. Le but est de développer des modèles qui serviront à établir des diagnostics sur des oeuvres.
Ainsi la science cherche les outils de demain pour ralentir ces mécanismes de dégradation et conseiller les musées sur leur politique de conservation.

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