© CNRS - 2020

Couleurs perdues d'Aubusson (Les)

Numéro de notice

7011

Durée

00:07:32

Année de production

2020
HD
16/9
Couleur
Sonore

Transcription


Commentaire - Voix off
De l'indigo. De la gaude. De la cochenille, ou du kermess.
Ces substances naturelles - végétales ou animales - ont été fixés sur ces fils de laine
et de soie il y a des centaines d'années pour leur donner une couleur. Tous ces fils,
ont été tissés pendant des milliers d'heures de travail minutieux en une tapisserie
monumentale de sept mètres de long. Elle est conservée à la Cité internationale de la
tapisserie d'Aubusson.

ITV Pascal Bertrand, historien de l'art
Une tapisserie, elle souffre, d'un inconvénient majeur, comme la plupart des oeuvres d'art,
c'est son exposition à la lumière, puisque la lumière détériore les couleurs.
Et, pour s'en rendre compte, il suffit bien souvent de regarder le revers d'une tapisserie et là
on voit que les couleurs sont beaucoup plus vives, beaucoup plus châtoyantes…
Cette dégradation, elle peut aussi provenir de la qualité moins bonne des teintures utilisées
lors de la fabrication.

Commentaire - Voix off
Au 18ème siècle, cette pièce décorait les murs d'un château en Pologne.
Aujourd'hui, ces millions de fils teintés vont raconter, à une équipe de scientifiques,
l'histoire, oubliée, de leur fabrication...

Séquence manip' “clipé”
Là, principalement, on essaie d'identifier les colorants qui ont été employés et les mordants
et donc essayer de retrouver les matériaux employés, les techniques utilisés au 18e siècle
par les teinturiers.
Moi je suis Aurélie Mounier, je suis ingénieure de recherche au CNRS.
Je travaille principalement sur l'analyse des pigments anciens, des colorants, matières
colorantes et je développe des méthodes portables, non-invasives depuis quelques temps
maintenant. Pour pouvoir étudier des oeuvres in situ et éviter de prélever un morceau
d'échantillon sur l'oeuvre.

Commentaire - Voix off
Quelles étaient les recettes utilisées par les teinturiers du 18ème siècle ?
Les scientifiques cherchent la nature des colorants employés, mais également la
nature des mordants. Ce sont les composés - comme l'étain ou l'alun - qui permettent
de fixer le colorant sur la fibre.
Pour tenter de remonter le fil de l'histoire de cette tapisserie, Aurélie Mounier et son
équipe vont utiliser la lumière pour analyser l'oeuvre.

ITW
Disons que nous on s'est équipé avec des appareils portables, des caméras
hyperspectrales et donc ça a été développé par la Nasa, ça existe depuis les années 90 - et
c'est appliqué dans le domaine de de l'art depuis les années 2000 environ. Et là, tout
récemment, il y a des caméras vraiment portables fabriquées par des sociétés, ce qui nous
a permis d'aller vers les oeuvres. Parce qu'avant, c'était des systèmes très lourds qui ne
pouvaient rester qu'en laboratoire. Donc là on les a rendu transportables ce qui nous permet
d'aller étudier les oeuvres dans les musées.

Commentaire - Voix off
Chaque passage de la caméra hyperspectrale produit non pas une image, mais une
série de spectres pour chaque pixel. Un spectre c'est la courbe qui décrit la
réflectance du matériau en fonction de la longueur d'onde. Une zone rouge va
beaucoup refléter dans les longueurs d'onde correspondant au rouge par exemple et
peu refléter dans le bleu.
Et certains matériaux produisent des spectres très reconnaissables.
Les scientifiques cherchent ainsi, au sein de ces courbes, les signatures des
composés chimiques utilisés dans l'élaboration de la recette…

ITW
On va pouvoir analyser les spectres et tenter d'identifier les colorants employés en
comparant les spectres obtenus sur l'oeuvre avec les spectres de notre base de données.

Commentaire - Voix off
Cette base de données de référence est composé des spectres obtenues sur des
petits carrés de tissus, teintés selon des centaines de recettes de teintures différentes
et potentiellement utilisées à l'époque...

Enfin… cette base de données SERA composée de ces centaines de spectres - pour
l'instant, ces données sont en cours de constitution.
Et vu que ces physico-chimistes ne sont pas, en plus, des teinturières, direction
Bruxelles, dans l'atelier d'une des rares spécialistes européennes des teintures
naturelles… C'est elle qui produira tous les échantillons du programme de recherche.


Aujourd'hui, elle travaille entre autres sur l'indigo - un colorant bleu très utilisé à
l'époque.
Si certains échantillons sont relativement faciles à réaliser, d'autres le sont moins -
surtout lorsque les ingrédients sont introuvables aujourd'hui...

ITW
Donc par exemple pour le projet ici, il y avait beaucoup de teintures qui étaient faites à base
de serratule des teinturiers et, j'ai dû cultiver moi même les plants de serratule pour teindre
avec...

Commentaire - Voix off
Mais plus que les ingrédients, parfois, ce qui manque, c'est la recette même utilisée
par les teinturiers de l'époque.

ITW
A l'époque, souvent les teinturiers n'étaient pas capables d'écrire, de compiler leurs
recettes, donc c'était des personnes plus intellectuelles qui venaient observer et écrire sur
les protocoles de teinture. Donc il y a parfois des oublis, des choses que les teinturiers font
sans que ce soit notifié ou remarqué par ceux qui écrivent les protocoles, donc il y a des
pertes dans les recettes et parfois il faut donc se… grâce à l'expérience, se rendre compte
que bah non, ce protocole là n'est pas parfaitement justement réécrit et donc c'est grace à
l'expérience qu'on peut se rendre compte qu'il y a des manquements, des erreurs et il s'agit
aussi de corriger ces choses là pour être le plus juste possible dans les résultats.

Commentaire - Voix off
Tous les précieux échantillons produits dans cet atelier sont ensuite envoyés, par la
poste, à l'Institut de Recherche sur les Archéomatériaux de Bordeaux.
C'est ici que les bandelettes colorées sont analysés. Que les spectres sont réalisés et
que la base de données est enrichie.

ITW
Je m'appelle Hortense de la Caudre, je suis doctorante en physique des archéomatériaux et
je travaille sur l'analyse des tapisseries d'Aubusson.

Commentaire - Voix off
Chaque échantillon est analysé avec les mêmes instruments que ceux utilisés sur les
tapisseries d'Aubusson. Et dans les centaines de spectres réalisés sur ces bouts de
tissus - les chercheuses espèrent retrouver les mêmes signatures spectrales que
celles obtenues sur les tapisseries du 18ème siècle. Et ce, pour toutes les couleurs
étudiées.

ITW
En déclinant les différentes proportions dans les recettes, ça va nous permettre de voir les
influences d'un mordant ou du pourcentage de colorant sur les spectres mais aussi sur les
couleurs, sur la tenue des couleurs, sur la vitesse de dégradation, ce genre de choses...

Commentaire - Voix off
L'équipe étudie, en parallèle, les effets du vieillissement sur les fibres naturelles de
laine ou de soie et sur les pigments utilisés dans les teintures.
Ces travaux, au croisement de la chimie, de la physique, de l'histoire...
éclaireront nos connaissances sur les teintures du 18ème siècle, ils déboucheront
également sur une restitution numérique des couleurs originales des tapisseries
étudiées.
De quoi permettre aux visiteurs du musée de remonter le temps - et aussi de guider la
restauration de ces tapisseries anciennes afin qu'elles puissent continuer de
traverser les siècles…

Résumé

A la Cité internationale de la tapisserie d'Aubusson, des scientifiques étudient des oeuvres composées de fils de soie et de laine, colorés par des substances naturelles il y a plusieurs centaines d'années. Grâce à des méthodes qui leur permettent de remonter le temps, ils tentent de déterminer les recettes utilisées par les teinturiers de l'époque.

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