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Numéro de notice
8371
Eutrophisation à Rio : la baie en danger
La baie de Guanabara, symbole de Rio de Janeiro, est un écosystème menacé par la pollution : 65 % des eaux usées de la métropole y sont rejetées sans traitement, provoquant une eutrophisation, c'est-à-dire un apport excessif d'éléments nutritifs entraînant une prolifération végétale, un appauvrissement en oxygène et un déséquilibre de l'écosystème. Résultat : asphyxie des espèces marines et dégradation des habitats.
Gwenaël Abril et Gleicy Moser, chercheurs français et brésiliens, analysent ces mécanismes et proposent des solutions pour préserver cet environnement vital pour 12 millions de Brésiliens.
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Transcription
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Ici, à Rio de Janeiro et dans la région, on a une problématique qui est très importante : la pollution marine, ce qu'on appelle l'eutrophisation.
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La prolifération d'algues peut provoquer la mort des poissons.
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C'est peut-être l'envers du décor de la carte postale de Rio de Janeiro : une pollution marine dévastatrice.
Un phénomène que Gwénaël Abril, directeur du laboratoire international MAREL, et Gleyci Moser, enseignante-chercheuse à l'Université d'État de Rio, tentent de comprendre.
À bord d'un petit voilier et accompagnés d'étudiants brésiliens, ils mesurent les caractéristiques chimiques de l'eau, prélèvent des micro-algues, du phytoplancton.
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Ah, c'est génial !
Regardez, il y a beaucoup de plancton gélatineux.
Tout autant d'indices pour tenter de décrypter ce phénomène complexe : l'eutrophisation.
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C'est l'enrichissement des milieux marins, côtiers, en matières organiques, en azote, en phosphore, dû aux rejets d'eaux urbaines dans le milieu marin.
Ce sont en effet près de 65 % des eaux usées des habitants de la métropole qui sont recrachées directement dans la baie, sans aucun traitement.
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Ici, on a pendant toute une période de l'année un climat avec de grosses pluies qui viennent laver toute la zone urbaine et qui génèrent des volumes d'eau pollués.
Le réseau d'égouts, c'est un réseau unitaire où les eaux de pluie se mélangent avec les eaux domestiques, et donc c'est très difficile de traiter des eaux qui sont diluées avec la pluie, avant de les déverser dans l'océan.
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Ces déchets, ces eaux usées, sont extrêmement riches en nutriments, ce qui provoque la prolifération et la croissance rapide d'algues.
C'est ce que l'on appelle un bloom, et c'est pourquoi l'eau de la baie est très verte.
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À leur mort, ces algues tombent au fond de l'eau et sont décomposées rapidement par des bactéries qui consomment tout l'oxygène.
C'est l'hypoxie.
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Les autres animaux qui sont présents dans le sédiment vont être, en absence d'oxygène, asphyxiés.
Donc on va avoir ce qu'on appelle des pertes d'habitats qui sont liées à l'hypoxie : l'asphyxie de nombreuses espèces biologiques.
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La situation est alarmante pour le bien-être de la baie de Guanabara.
Cette petite mer de 350 kilomètres carrés, autour de laquelle vivent environ 12 millions de Brésiliens, est l'un des symboles touristiques de Rio, avec son Pain de sucre qui en émerge.
Mais elle abrite aussi une richesse naturelle menacée, vitale pour l'avenir de la région.
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De retour au port, les chercheurs étudient les prélèvements dans le laboratoire humide du bateau océanographique mis à disposition par l'université.
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On commence par filtrer…
Ensuite, quand c'est filtré, tu verses une partie ici, puis tu mesures le volume.
Tu peux démarrer.
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Grâce aux analyses qu'on fait ici, on peut savoir si une région qu'on a échantillonnée est plus ou moins influencée par tel ou tel apport de matière organique.
Sachant que la matière organique, c'est vraiment le coeur de la question de l'eutrophisation.
Objectif : mesurer la qualité de l'eau et déterminer quelles algues se développent à l'instant T.
Certaines proliférations entraînent des phénomènes spectaculaires comme la marée rouge de 2021.
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En 2021, il y a eu une vague de chaleur : la température de l'air, de la surface et de l'eau a augmenté, et nous avons observé une croissance de microalgues.
Ce bloom de 2021 n'a pas directement causé de mortalité de poissons ou de problèmes de santé publique. En tout cas, rien d'avéré.
En réalité, il n'y a pas eu d'étude spécifique.
On n'a pas suivi dans les hôpitaux ce qui a pu arriver aux gens qui ont consommé des moules durant cette période, par exemple.
En revanche, ça a entraîné une réflexion sur la protection des paysages.
Vous savez, la beauté de Rio de Janeiro dépend beaucoup de la baie.
Et si vous arrivez sur une plage où la mer est rouge ou brune ou brun doré, ça fait vraiment peur.
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Si cette marée rouge n'a pas été mortelle, il y a de quoi être préoccupé, notamment à cause de la consommation des mollusques.
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Les moules brunes, par exemple, elles sont récoltées sauvage aux abords des ports pour être vendues aux restaurants ou mangées directement par les pêcheurs.
Ces coquillages sont également un indicateur de l'état de l'eau pour les scientifiques.
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Thaïs Erbas y consacre son doctorat.
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Nous choisissons des points de collecte de moules en fonction des niveaux d'eutrophisation.
Ensuite, nous prenons des mesures de la coquille avec un pied à coulisse : largeur, longueur et la hauteur de la coquille.
Ensuite, nous prenons des mesures linéaires, des cicatrices qui se sont formées à l'intérieur de la coquille.
Ces derniers temps, on utilise beaucoup cette technique appelée morphométrie linéaire comme indicateur de pollution.
La pollution par les métaux, l'eutrophisation et aussi la quantité de nourriture disponible dans la colonne d'eau.
Tous ces paramètres influencent la forme de ces organismes selon leur environnement.
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Ces recherches sur les moules livrent quantité d'informations sur la qualité de l'eau.
À partir de ces données, les scientifiques entendent avoir une influence positive sur l'eutrophisation.
Et pour cela, l'objectif avoué, c'est d'être capable de prédire le futur.
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C'est vrai que ce serait un peu frustrant pour un scientifique de se limiter à la description d'une dégradation du milieu.
Parmi les choses qu'on développe : développer des modèles qui couplent la circulation des eaux avec la biologie, donc la production d'algues, la photosynthèse ;
valider ces modèles sur les situations qu'on observe actuellement ;
les valider aussi par rapport à l'information qu'on arrive à obtenir grâce aux mesures satellites, qui nous permettent de revenir sur une vingtaine d'années en arrière, et les utiliser pour prédire le futur.
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Produire des modèles d'anticipation pour influencer les décisions politiques : voilà une démonstration de l'utilité de la science dans la protection de l'environnement.
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La dépollution de la baie de Guanabara est un enjeu crucial pour restaurer son équilibre naturel et assurer un cadre de vie durable aux habitants de la région.