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Numéro de notice

8357

Sargasses : le cauchemar des Caraïbes - Alerte verte #02

Titre Série

Alerte verte

Les sargasses, ces algues brunes envahissantes, transforment les côtes caribéennes en un défi écologique et sanitaire majeur depuis 2011. Avec plus de 200 millions de tonnes échouées annuellement, leur prolifération, naturelle mais amplifiée, libère des gaz toxiques (H₂S, NH₃) menaçant les populations et les écosystèmes. Pascal Jean Lopez, directeur de l'Observatoire Hommes-Milieux Littoral Caraïbe, analyse ces dynamiques via des approches transdisciplinaires : impact sur les mangroves, contamination des habitats marins, et solutions fondées sur la science participative et l'éducation environnementale. Ses recherches, centrées sur les espèces invasives et la résilience des écosystèmes, révèlent aussi des pistes pour limiter les échouements, en collaboration avec les acteurs locaux. Un enjeu crucial pour la biodiversité et la santé publique, où la recherche scientifique se conjugue avec l'action citoyenne.

Durée

00:04:58

Année de production

Définition

HD

Couleur

Couleur

Son

Sonore

Version(s)

Français
VI

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


[TC 00:00:00]

Pascal Jean Lopez :

Bonjour, je suis Pascal Jean Lopez et je voudrais alerter sur les sargasses. Est-ce que vous connaissez les sargasses ?

En Bretagne, on a les algues vertes et aux Caraïbes, on a leurs cousines, les sargasses. Les sargasses, ce sont des macro-algues brunes qui vivent à la surface de l'océan.
[TC 00:00:22]

Et donc chaque année, il y a ces phénomènes où elles partent de l'Afrique et elles viennent faire des invasions massives sur l'ensemble de la Caraïbe. Les quantités sont relativement monstrueuses. Ce phénomène naturel a explosé ces dernières années.
[TC 00:00:38]

D'après les observations satellites, le nombre de sargasses dépasse régulièrement les 10 millions de tonnes métriques par mois. Il y a différentes hypothèses pour expliquer ces évolutions des échouements de sargasses. C'est 2011, avec une modification, à ce moment-là, des courants océaniques, remontée de courants profonds, apport de nutriments, croissance d'algues.
[TC 00:00:53]

L'autre hypothèse, c'est évidemment l'anthropisation de la mer et en l'occurrence l'azote issu de l'agriculture, comme au large du fleuve Amazone qui va se déverser dans le milieu marin.
[TC 00:01:05]

On va avoir des piles de sargasses qui dépassent le mètre et sur des périodes qui sont de plus en plus longues. Et le problème avec ces tas de sargasses, c'est que ça fermente et ça sent super mauvais.
[TC 00:01:20]

Donc la dégradation des sargasses, notamment la putréfaction des sargasses, va entraîner la production de deux types de gaz : le sulfure d'hydrogène — ça sent l'oeuf pourri — et l'ammoniac, NH3, qui lui aussi est un gaz acide.
[TC 00:01:32]

Et donc cette acidité, qui est dégagée par les gaz, peut entraîner des conséquences sur l'humain. Les personnes qui habitent ou qui travaillent sur les sargasses ont par exemple des maux de tête.
[TC 00:01:40]

Ça a aussi un impact assez étonnant : cette même acidité qui peut affecter potentiellement la santé humaine va affecter aussi l'électroménager, avec de la corrosion de l'électroménager. Les frigos s'arrêtent de fonctionner.
[TC 00:01:58]

Les sargasses ont un impact énorme sur le tourisme. Il faut dire que ces algues brunes sur le sable blanc, ça défigure totalement les plages paradisiaques.
[TC 00:02:07]

Les gens vont moins venir en période d'échouement des sargasses, avec des conséquences sur l'hôtellerie, des conséquences évidemment sur la restauration. Il y a des ports dans lesquels on ne peut plus sortir les bateaux. Ça peut aussi avoir des conséquences sur le prix de l'immobilier.
[TC 00:02:21]

Aujourd'hui, personne ne va vouloir acheter dans des zones qui sont envahies de sargasses à peu près six mois dans l'année.
[TC 00:02:27]

Alors, on en fait quoi de ces sargasses ? Essentiellement, il faut les enlever. C'est fait au tracteur, c'est fait à la pelle mécanique, c'est fait au bulldozer, c'est fait, on va dire un petit peu comme on peut. C'est aussi fait à la main, les gens venaient à la fourche enlever les sargasses.
[TC 00:02:44]

Et donc une fois que ces sargasses sont prélevées, et bien on va les stocker, à terre, sur des sites de stockage de sargasses pour les laisser se dégrader à peu près naturellement.
[TC 00:02:54]

Mais est-ce une solution sur le long terme ? Peut-on laisser les sargasses se dégrader comme ça ?
[TC 00:02:59]

On a regardé dans un premier temps les métaux lourds qui étaient présents dans ces sargasses et on a vu la présence d'arsenic. De l'arsenic ? Ça pourrait me donner des idées...
[TC 00:03:09]

Et donc, sur ces sites de stockage, évidemment, l'arsenic qui est présent va s'écouler des sargasses au fur et à mesure que ces sargasses se dégradent. Et donc cet arsenic va évidemment couler, ruisseler et contaminer les sols localement.
[TC 00:03:21]

Mais ce n'est pas tout. Les sargasses viennent avec leur microbiote, c'est-à-dire leurs bactéries, leurs virus, leurs petites cellules, leurs micro-organismes qui sont associés.
[TC 00:03:34]

Et donc ça, potentiellement, ça peut perturber le microbiote environnemental. On a pu montrer la présence de bactéries potentiellement pathogènes pour l'humain.
[TC 00:03:41]

Elle est aussi contaminée par un pesticide très utilisé jusque dans les années 90 pour la culture de banane. Alors c'est une spécificité malheureusement des Antilles françaises, c'est un pesticide, la chlordécone.
[TC 00:03:55]

Cet insecticide est aujourd'hui considéré comme cancérogène et nocif pour l'environnement. Qu'est-ce que l'on peut faire d'une sargasse contaminée en chlordécone ? La réponse est : rien du tout.
[TC 00:04:04]

Si on veut valoriser cette sargasse, c'est possible, mais il faut se débarrasser de cette chlordécone. Parce que vous voulez en faire quoi de ces sargasses ?
[TC 00:04:13]

Les voies de valorisation, il y en a plusieurs qui ont été envisagées. Il y a éventuellement des amendements organiques, il y a des fertilisants, il y a potentiellement faire des plastiques, l'utiliser en tant que matériau pour de la construction.
[TC 00:04:26]

Et donc je pense que l'avenir de la valorisation est important. Cependant, la mise en place de cette valorisation reste quand même relativement compliquée pour des petits états insulaires ou pour des petites îles, à l'échelle de la Caraïbe.

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