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© CNRS - 2026
Numéro de notice
8355
Guadeloupe : plongée scientifique dans les gaz volcaniques
Vivre à proximité d'un volcan actif comme la Soufrière de Guadeloupe expose les populations à des dangers souvent sous-estimés. Si les éruptions et les séismes font l'objet d'une surveillance constante, les gaz volcaniques, comme le dioxyde de soufre (SO₂) et l'hydrogène sulfuré (H₂S), ont longtemps été négligés.
Pourtant, ces émissions gazeuses, liées à l'activité hydrothermale du volcan, pourraient avoir un impact significatif sur la santé, l'environnement et la qualité de vie des habitants. En Guadeloupe, une équipe de recherche pluridisciplinaire mène l'enquête : quels sont les effets réels de ces gaz sur les populations locales ? Comment mieux les mesurer, les comprendre et s'en protéger ?
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Transcription
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— On se focalise sur le sulfure d'hydrogène, donc le H₂S, parce que c'est un des gaz prédominants qui est émis par les volcans. Et on sait qu'il est toxique.
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L'exposition au sulfure d'hydrogène est associée à une réduction de la fonction pulmonaire.
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— J'ai pris conscience qu'habiter au pied du volcan, ça avait un sens que ça supposait un certain nombre de risques.
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Les gaz du volcan de la Soufrière représentent-ils un danger pour la population ? À partir de quelle concentration ? Comment se propagent-ils vers les villes alentours ?
Une équipe de recherche transdisciplinaire tente de répondre à ces questions.
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— Nous sommes en Guadeloupe. Avec Salomé, on se dirige vers Basse-Terre et plus précisément la ville de Saint-Claude. C'est là qu'on va rejoindre une équipe de scientifiques qui s'intéresse au volcan de la Soufrière.
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— Et ce fameux volcan, le voici. Si, si, là, derrière les gros nuages. Son sommet est rarement dégagé et pourtant, c'est le point culminant des Antilles : 1467 mètres. C'est un volcan très actif.
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— Il est 6 h du matin, nous avons rendez-vous avec l'équipe scientifique, direction le sommet du volcan.
— Tu nous dis quand tu veux t'arrêter, Agnès...
— L'ascension démarre.
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L'équipe venue de l'Hexagone va sillonner le volcan pendant une vingtaine de jours.
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— Quand on s'approche du volcan, on commence à sentir une odeur un peu particulière, celle d'oeuf pourri, caractéristique d'un gaz : le sulfure d'hydrogène ou H₂S.
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— On se focalise sur le sulfure d'hydrogène, donc l'H₂S, parce que c'est un des gaz prédominants qui est émis par les volcans, surtout en contexte hydrothermal. Donc les volcans vont dégazer de l'eau, du CO₂ et essentiellement de l'H₂S, et on sait qu'il est toxique. Il y a peu d'études faites sur la relation entre les effets de ce gaz sur la population. Donc c'est pour ça qu'on va s'intéresser à l'H₂S.
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Pour cela, ils veulent mesurer ce gaz directement sur le volcan.
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Nous empruntons ce qu'on appelle le chemin des géologues : un passage interdit au public et qui monte à pic.
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— Plus on s'approche du sommet, plus les conditions se dégradent.
C'est le moment de sortir les masques à gaz. La consigne s'applique à tous.
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— À partir d'ici, nous devons porter des masques à gaz, car les concentrations de sulfure d'hydrogène sont à des niveaux très élevés, toxiques pour l'humain.
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Nous arrivons à la première fumerolle. Sur tout le dôme du volcan, on retrouve des cratères d'où s'échappent des gaz et de la vapeur d'eau.
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— Là, les valeurs, elles sont très bonnes.
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Dans ce sac, un appareil appelé multi-gaz mesure en continu les concentrations.
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— On a une pompe qui va pomper le gaz et on a différents capteurs. Donc on a des capteurs électrochimiques pour le SO₂ et le H₂S, un capteur infrarouge pour le CO₂. On le laisse à des points stratégiques pendant une durée assez longue, pour avoir une variabilité bien représentative de la composition des gaz. Mais on le garde aussi sur nous dans le sac à dos, en marchant, pour voir cette variabilité un petit peu sur tout le dôme.
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À partir d'ici, l'ambiance devient apocalyptique. Les rafales de vent soufflent à plus de 100 km/h. Les vapeurs des fumerolles ont de fortes concentrations en acide et en soufre.
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— Donc là, on est arrivé dans la zone interdite, ça veut dire que les touristes n'ont pas le droit de venir, même accompagnés d'un guide. On est au niveau de la fumerolle qu'on appelle "cratère sud" : c'est la fumerolle où il y a le plus fort débit en gaz. C'est la fumerolle qui est la plus étudiée.
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Un peu plus bas, David Jessop, physicien, s'apprête à faire d'autres mesures.
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— Il utilise un drone pour capter les gaz, en hauteur bien sûr, mais aussi dans des zones trop dangereuses pour l'humain.
— Les conditions sur le volcan sont un peu complexes pour voler. On est en altitude donc déjà on est exposé aux vents qui sont plus élevés que si on était au niveau de la mer. On est dans les tropiques donc l'humidité est toujours présente. Il faut qu'on attende d'avoir le beau temps. C'est pas nécessairement tous les jours qu'on peut sortir le drone pour voler.
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Aujourd'hui, il ne décollera pas, les conditions sont trop mauvaises.
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En plus des mesures sur le volcan, l'équipe voudrait comprendre comment les gaz se propagent vers les habitations.
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Nous sommes à Matouba, un quartier de Saint-Claude situé à seulement deux kilomètres du volcan.
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Les scientifiques y installent une station de qualité de l'air.
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— Agnès Borbon, atmosphéricienne au CNRS, souhaite mesurer les gaz en continu à deux endroits stratégiques.
— Donc, je suis en train d'installer une station de qualité de l'air qui va nous permettre de mesurer différents composés gazeux, donc des composés gazeux qui sont d'origine volcanique et qui vont nous permettre de tracer les émissions des fumerolles de la Soufrière. Et en parallèle, on a également une mesure de la vitesse et de la direction de vent qui vont nous permettre de mieux connaître l'origine des masses d'air.
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En compilant les données des stations et les mesures prises sur le volcan, les scientifiques auront une idée précise de la propagation des gaz volcaniques.
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— Séverine Moune, porteuse du projet de recherche, a vécu en Guadeloupe. C'est en parlant avec des habitants qui sentent l'odeur du sulfure d'hydrogène chez eux, qu'elle a voulu savoir s'il y avait un risque sanitaire.
— Donc ça, c'est des seuils limites définis par l'Organisation mondiale de la santé où quand on dépasse un certain seuil, ça peut commencer à devenir nocif pour la santé si on a une exposition continue et longue dans le temps. Donc, cette carte nous montre qu'à Saint-Claude, on peut atteindre, dépasser ce seuil à peu près 18 jours par an, alors qu'à Matouba, on peut dépasser ce seuil jusqu'à peu près 73 jours par an.
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Quelles sont les conséquences d'une telle exposition sur la santé ?
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Séverine y retrouve une épidémiologiste, Christine Barul.
— Ça va et toi ? Pareil.
— Bienvenue au labo.
— Merci.
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— Pour l'instant, l'impact sanitaire de ce gaz a été peu étudié.
— Les quelques études qui ont porté sur l'exposition au sulfure d'hydrogène ont montré des associations avec une fonction pulmonaire qui est diminuée et également un risque plus élevé de développer des bronchites et des pathologies ophtalmologiques. Ces études, généralement, ont été menées à un moment donné, à un moment T. Il n'y a pas eu de mesures en continu.
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Pour réaliser un suivi de santé sur le long terme, Christine va suivre deux groupes de volontaires : un composé d'habitants vivant proches du volcan et un groupe témoin.
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Tout au long de l'étude, ils devront remplir plusieurs questionnaires pour décrire leurs symptômes et se soumettre à des tests biologiques.
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— On aura une collecte d'échantillons de sang et également des données qu'on appelle des données de lavage broncho-alvéolaire, qui vont nous permettre d'apporter des informations supplémentaires en termes de fonction pulmonaire et donc de symptômes respiratoires.
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Retour à Saint-Claude.
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Des habitants se sont déjà portés volontaires pour participer à l'étude. C'est le cas de Lynda Obydol, dont la maison est située au pied du volcan.
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— Certains jours, il lui arrive de sentir l'odeur caractéristique du sulfure d'hydrogène.
— J'attends de cette étude d'en savoir un peu plus, de savoir à quel dosage, à quelle fréquence, à quelle quantité on est exposé, comment on peut s'en prémunir. Est-ce que c'est un impact sur ce qu'on mange ? Est-ce que quand je cueille des framboises dans mon jardin ou des goyaves, je les lave bien sûr, mais est-ce que je peux les manger sans souci ? Pour l'instant je connais très peu de choses sur ces sujets-là, mais j'ai hâte d'en savoir plus. Parce qu'on se protège mieux quand on sait de quoi on parle.
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À quelques kilomètres de là, sur le volcan, les mesures se poursuivent.
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Cette fois-ci, le drone a bien pu décoller.
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Les gaz sont prélevés dans les airs ou directement dans la fumerolle.
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En tout, une vingtaine de scientifiques sont mobilisés sur ce projet inédit.
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Plusieurs campagnes de terrain seront nécessaires pour obtenir des résultats fiables sur l'impact des gaz volcaniques et ainsi informer les habitants qui vivent au quotidien avec ce volcan.