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© CNRS - 2026

Numéro de notice

8350

Marc Bloch, haut médiéviste

Marc Bloch a exploré les premiers siècles du Moyen Âge, en se concentrant sur les grandes migrations qui ont marqué la chute de l'Empire romain d'Occident. Grâce à sa maîtrise de l'historiographie allemande, il a analysé ce phénomène en intégrant les enjeux mémoriels du XXe siècle, où les questions d'identité ethnique et de violence militaire influençaient les interprétations historiques.
Son approche, à la fois rigoureuse et critique, a permis de dépasser les biais contemporains pour offrir une vision nuancée de ces bouleversements. Une réflexion toujours actuelle sur les liens entre histoire ancienne et mémoire collective.

Durée

00:04:46

Année de production

Définition

HD

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Couleur et NB

Son

Sonore

Version(s)

Français

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


[00:00:14:03]

Je m'appelle Thomas Lienhard, je suis enseignant ici à la Sorbonne et je suis spécialiste de l'histoire de l'Europe centrale vers le début du Moyen Âge.
[00:00:22:10]

Et donc assez logiquement, je vais vous parler de l'intérêt de Marc Bloch pour ce début du Moyen Âge.
[00:00:27:06]

Les premiers siècles du Moyen Âge ne sont pas exactement au coeur de l'oeuvre de Marc Bloch, qui était plutôt centré vers le Moyen Âge, vers la période féodale, donc le Moyen Âge central.
[00:00:36:23]

Malgré cela, occasionnellement, ce grand historien est parfois sorti de sa zone de confort et il s'est intéressé donc au tout premier siècle de cette période.
[00:00:47:24]

Un exemple de cet intérêt pour le Moyen Âge, c'est le dossier des grandes migrations ou grandes invasions selon le point de vue adopté.
[00:00:52:19]

Donc de ce mouvement assez long qui a vu des nouveaux peuples, souvent d'origine germanique, s'installer en Europe occidentale à la fin de l'Antiquité et au début du Moyen Âge.
[00:01:03:08]

C'est un processus qui est assez important pour l'histoire de l'Europe occidentale, mais qui est aussi assez complexe et relativement mal documenté.
[00:01:11:05]

Le résultat, c'est que, avant Marc Bloch, beaucoup d'historiens avaient échafaudé toute une série de modèles à ce propos, qui étaient très, très divers et qui n'étaient pas toujours dénués d'arrière-pensées politiques.
[00:01:22:22]

Pourquoi ? Parce que nous parlons des années 1920 et 1930, c'est-à-dire d'une époque pendant laquelle les relations entre Français et Allemands étaient compliquées et elles l'étaient aussi dans le domaine universitaire.
[00:01:32:24]

Et donc, dans ce cadre, on avait proposé toute une série de modèles qui étaient parfois très éloignés de la réalité historique.
[00:01:41:04]

Marc Bloch, lui, a abordé ce dossier avec une grande prudence et une grande rigueur.
[00:01:46:03]

Il a insisté sur le fait que les sources étaient rares et qu'il fallait les utiliser avec beaucoup de précautions.
[00:01:52:01]

Il a aussi insisté sur le fait que les grandes migrations n'avaient pas été un processus pacifique.
[00:01:57:19]

Il a montré que les sources, lorsqu'elles évoquaient des accords entre les nouveaux arrivants et les populations locales, ne devaient pas être prises au pied de la lettre.
[00:02:05:03]

Il estimait que ces accords avaient été conclus sous la contrainte et qu'ils cachaient en réalité des rapports de force très violents.
[00:02:13:13]

Il avait lui-même vécu les horreurs de la guerre.
[00:02:16:16]

Il n'y avait pas besoin de beaucoup d'imagination pour imaginer toutes les pressions, toutes les tensions, tous les rapports de force que ça avait forcément impliqué.
[00:03:21:01]

Donc, dans ce domaine, Marc Bloch s'était bel et bien inspiré de la violence de son temps pour la transposer, pour la reconstituer dans le cadre du haut Moyen Âge.
[00:03:29:23]

Marc Bloch n'était pas pacifiste parce qu'il ignorait l'existence de la violence.
[00:03:34:09]

Au contraire, il était pacifiste parce qu'il connaissait très bien la nature de la violence pour l'avoir personnellement vécu.
[00:03:40:05]

Et donc il estimait qu'il fallait faire ce qu'on pouvait pour éviter de la reproduire plutôt que de la magnifier dans une perspective un peu romantique comme d'autres le faisaient à son époque.
[00:03:53:21]

Donc, pour résumer ce que nous montre ce dossier à propos du comportement historique de Marc Bloch, c'est d'abord son immense curiosité pour des sujets qui n'étaient pas forcément ceux dont il était le plus familier.
[00:04:03:13]

Et puis le dernier point que montre toute cette étude des grandes migrations ou grandes invasions, par Marc Bloch, c'est son feeling.
[00:04:08:15]

C'est quelqu'un qui avait un feeling extrêmement fin à propos de sources, même lorsqu'il venait à peine de les découvrir, même lorsque ces dossiers n'étaient pas les siens.
[00:04:18:09]

Il avait un excellent feeling, mais il faut bien insister là-dessus : le métier d'historien, c'est aussi une question de feeling.

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