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Retour de la loutre sur le Lez (Le)

© CNRS - 2026

Numéro de notice

8291

Retour de la loutre sur le Lez (Le)

Presque disparue dans les années 1970 en raison de la chasse et de la pollution, la loutre refait surface sur le Lez, ce fleuve emblématique de Montpellier. Les équipes du Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE – CNRS) étudient les traces laissées par l'espèce – empreintes, crottes, restes de repas – pour mieux comprendre sa recolonisation.
Ce retour, observé après des décennies d'absence, témoigne des efforts de protection des milieux aquatiques. Les chercheurs analysent comment la loutre, discrète et exigeante, s'adapte à un environnement en mutation, entre urbanisation et renaturation. Une aventure scientifique à suivre pour découvrir comment la biodiversité se réinvente, même en ville.

Durée

00:07:58

Année de production

Définition

HD

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Son

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Version(s)

Français

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


[00:00:02]
La première fois qu'on a vu une loutre sur une des vidéos qu'on a analysées, on était très heureux. On a pu détecter la loutre. On a fait tout un tas de points sur le Lez et on a pu attester de sa présence.
[00:00:18]
Est-ce qu'on peut dire à partir de ça qu'elle est bien revenue, qu'elle est installée de manière pérenne ? C'est très dur à dire. Elle se faisait très discrète. Elle semblait avoir déserté nos fleuves et nos rivières. Et pourtant, elle est de retour : la loutre d'Europe.
[00:00:40]
À cause de la chasse et de la pollution, cette espèce a failli disparaître dans les années 70. Et pourtant, ce petit mammifère semi-aquatique, adepte de poissons et de crustacés, recolonise l'ensemble du territoire français, et notamment le Lez, ce petit fleuve qui traverse Montpellier.
[00:01:02]
Pour suivre le retour de l'espèce, des scientifiques collaborent avec les services de la ville et les gestionnaires du fleuve.
[00:01:13]
— Regarde, là il y en a un, deux, trois...
— Ah oui !
[00:01:18]
Ils sont à la recherche d'indices.
[00:01:22]
— Ah oui, là, pas de doute ! On vient de trouver une crotte de loutre qu'on appelle aussi épreinte, c'est le terme technique pour l'espèce. C'est une des rares espèces pour lesquelles on a un terme technique pour les crottes. Ce sont des signes de présence que laisse l'espèce, qui sont très caractéristiques. Parce qu'en fait, on peut deviner à l'intérieur des restes de repas : on va trouver des écailles de poisson, soit des os d'amphibiens, et ici on voit aussi des restes d'écrevisses. Donc c'est assez facile de déterminer que c'est une crotte ou une épreinte de loutre.
[00:01:53]
La loutre laisse aussi d'autres traces : son ADN. Pour le collecter, l'équipe utilise une technique non-invasive : l'ADN environnemental.
[00:02:00]
— Ce filtre est plein de petites ailettes, mais ça va récupérer tout un tas de fragments, autres que l'eau, et on a des fragments d'ADN qui vont venir se poser sur ce filtre. En fonction des espèces ciblées, on va utiliser un marqueur qui va nous permettre de savoir si l'espèce a été détectée ou pas dans l'eau. On peut détecter la loutre. On a fait tout un tas de points sur le Lez, et on a pu attester de sa présence. Le filtre sera analysé au cours des prochains jours dans un laboratoire spécialisé.
[00:02:42]
La présence de la loutre dans le Lez est intéressante car ce petit fleuve de 30 kilomètres de long est principalement urbain. Il traverse plusieurs villes de la métropole de Montpellier. Et pourtant, les loutres semblent s'y plaire.
[00:03:00]
Pour étudier leur comportement, les scientifiques installent des pièges photographiques qu'ils laissent pendant plusieurs semaines.
[00:03:10]
— Il va se déclencher de manière automatique au passage des animaux. Ça nous permet de rentrer dans la vie de ces animaux, de comprendre un peu... Déjà de s'assurer qu'ils sont bien présents sur le site, de comprendre un peu les interactions avec d'autres espèces, parce qu'on peut filmer plusieurs espèces sur le même piège.
[00:03:22]
Et pour analyser les vidéos qu'on fait et les espèces qui se trouvent sur ces vidéos, donc on va le faire soit à la main, c'est-à-dire qu'on va passer les vidéos et lister toutes les espèces qu'on voit sur ces vidéos, soit maintenant il existe des algorithmes d'intelligence artificielle qui permettent d'identifier les espèces avec un certain degré de confiance sur ce qu'on observe sur ces vidéos.
[00:03:41]
Grâce à la vingtaine de pièges photographiques installés dans des endroits stratégiques sur le fleuve, les scientifiques collectent de précieuses données sur les loutres.
[00:03:54]
— Et donc là, on a deux individus qui en fait interagissent, on entend des vocalises, ils reniflent un peu leur territoire. Ils s'observent.
[00:04:14]
La loutre, ce n'est pas du tout un animal nocturne strict. C'est un animal qu'on peut voir de jour. Mais sur le fleuve Lez, on ne l'a jamais vu de jour et on pense que c'est lié au fait que l'activité humaine est assez présente et donc elle évite de mener ses activités en même temps que les humains qui sont sur le fleuve.
[00:04:28]
Des images exceptionnelles qui dévoilent l'intimité des loutres. Ici un mâle et une femelle, peut-être avant la reproduction. Mais une question subsiste : combien de loutres vivent sur le Lez ?
[00:04:42]
On en compte au moins deux selon les analyses génétiques qu'on a faites. On pense qu'il y en a peut-être trois, quatre ou cinq, mais pas plus, parce que le fleuve est très petit. C'est une espèce qui a besoin quand même d'un certain espace pour se nourrir, pour vivre, pour faire ses activités de tous les jours et donc qui est assez territorial.
[00:05:04]
Et qu'en est-il du reste de la France ? Dans les années 70, on ne la retrouvait plus que dans trois régions. Mais grâce à des mesures de protection, elle a peu à peu recolonisé presque tout le territoire français. Son retour s'est même accéléré ces dernières années.
[00:05:23]
Ce sont des cartes de distribution de la loutre en France entre 2009 et 2023. Ce sont des cartes qui ont été générées à partir de beaucoup de données pour déterminer des probabilités de présence dans l'espace.
[00:05:37]
En revanche, est-ce qu'on peut dire à partir de ça qu'elle est bien revenue et qu'elle est installée de manière pérenne ? C'est très dur à dire. On a peu d'idée de l'abondance de l'espèce. On a des populations qui restent fragiles. Son suivi est donc essentiel.
[00:05:52]
La présence de la loutre est le signe d'un écosystème en bonne santé, ce qu'on appelle une espèce parapluie.
[00:06:01]
Sous la surface, un animal a envahi le Lez : l'écrevisse de Louisiane. La loutre participe à réguler sa population.
[00:06:20]
Ce sont des proies en quantité, qui sont faciles à attraper toute l'année. Donc ça, c'est vraiment une réserve alimentaire intéressante. Et comme nous, humains, on n'a plus du tout de maîtrise sur sa prolifération, on est bien content d'avoir des loutres qui s'en saisissent et qui s'en nourrissent.
[00:06:41]
L'équipe élargit désormais le suivi grâce à un programme de science participative.
[00:06:50]
— On estime qu'il y a beaucoup de bestioles qui doivent passer par là et on voudrait savoir : quelles sont ces bêtes ? Qu'est-ce qu'elles font ? Qu'est-ce qu'elles mangent ? Voilà, ça nous intéresse, bien sûr.
[00:07:13]
Et pour permettre à la faune de circuler librement, la métropole a installé sur ses communes des havres de paix, des zones sauvages où l'humain se tient à l'écart.
[00:07:24]
Une étonnante vidéo a été enregistrée par un piège photographique. On peut y voir une femelle avec ses petits loutrons. Une première sur ce fleuve. Signe, on l'espère, que l'espèce s'ancre durablement ici.

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