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© CNRS - 2025

Numéro de notice

8261

Médaille de bronze 2025 : Laure Segurel, l'impact de notre environnement sur notre ADN et notre microbiote

Portrait de Laure Segurel, médaille de bronze 2025 du CNRS, chargée de recherche au laboratoire de biométrie et biologie évolutive (LBBE – CNRS / Université Claude Bernard Lyon 1 / VetAgro Sup).
Comment l'agriculture, l'élevage ou l'urbanisation ont-ils transformé notre corps ? Laure Ségurel explore ces questions en étudiant l'ADN ancien et moderne. Ses travaux révèlent comment des changements majeurs, comme la révolution néolithique (passage des chasseurs-cueilleurs à l'agriculture), ont influencé notre génome. Par exemple, certaines populations ont développé la capacité à digérer le lait à l'âge adulte, tandis que d'autres ont adapté leur alimentation en transformant le lait en produits fermentés.
Laure Ségurel s'intéresse aussi à l'impact de l'urbanisation sur le microbiote intestinal, notamment au Cameroun. En comparant des populations aux modes de vie variés, elle montre comment notre environnement façonne notre santé.
Son approche, à la croisée de la biologie, de l'anthropologie et de l'écologie, éclaire les liens entre culture, génétique et santé, pour mieux comprendre notre passé… et notre futur.

Durée

00:02:51

Année de production

Définition

HD

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Son

Sonore

Version(s)

Français

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


Quand j'ai commencé à étudier la biologie, j'ai été rapidement fascinée par le fait que se cachent au plus profond de nos cellules tout un tas d'informations, comme un livre qui ne demande qu'à être déchiffré. Cette information, c'est l'ADN. Et l'ADN nous parle non seulement de la biologie de chaque être vivant, mais aussi de l'histoire évolutive de son espèce. Le mieux, c'est que je vous montre.
Pour étudier l'histoire évolutive des humains, le plus souvent on collecte de la salive, comme j'ai fait en Asie centrale pour ma thèse, que j'ai effectuée au musée de l'Homme à Paris.
J'ai cherché à comprendre comment les éleveurs des steppes, les kirghiz ou les mongols par exemple, ont réussi à s'adapter au fait de consommer du lait animal à l'âge adulte. Un aliment qui a commencé à être disponible seulement quand on est passé d'un mode de vie de chasseur-cueilleur à agriculteur, il y a environ 10 000 ans. Depuis, j'étudie non seulement l'ADN des humains, mais aussi celui de nos microbiotes, l'ensemble des bactéries associées aux humains, pour comprendre comment nos modes de vie influencent notre biologie.
Pour l'étude des bactéries intestinales, il nous faut collecter des matières fécales, que j'ai fait au Cameroun. Pour ce projet, nous avons cherché à comparer les microbiotes de populations vivant en milieu rural et en milieu urbain, pour savoir comment l'environnement sanitaire et alimentaire des populations modifie leur diversité et leur composition bactérienne. Nous avons ainsi montré que le microbiote intestinal a bien changé de composition en milieu urbain, où l'alimentation est plus riche en sucre et en protéines.
Par contre, on retrouve le même nombre d'espèces bactériennes dans les microbiotes en milieu urbain par rapport au milieu rural. En rentrant du terrain, on extrait l'ADN des échantillons pour l'envoyer à séquencer, c'est-à-dire obtenir l'ensemble des données génétiques de l'échantillon en question. Grâce à ces données génétiques, on peut alors étudier la composition et la diversité bactériennes de chaque individu, et ainsi comprendre en quoi notre mode de vie impose des contraintes sur notre microbiote.
Actuellement, au laboratoire de biométrie et biologie évolutive de Lyon, je participe à des projets qui s'intéressent aux conséquences de l'urbanisation sur différents aspects de la biodiversité. Par exemple, nous étudions la diversité du microbiote intestinal de populations de babouins, qui habitent plus ou moins proches des villes en Afrique du Sud. Nous caractérisons également la diversité génétique de populations de souris urbaines et souris rurales autour de Lyon, entre autres pour comprendre l'évolution des résistances aux rodenticides.
Cette année, je porte un nouveau projet qui va comparer différentes espèces de primates, d'oiseaux, de papillons et de mouches, pour comprendre dans quelle mesure la sélection naturelle peut entraîner une augmentation de diversité génétique.
Ce que j'aime dans mon travail, c'est questionner comment les espèces s'adaptent à un monde qui bouge. Les génomes sont des trésors d'informations et étudier l'ADN pour comprendre comment les espèces se sont adaptées en réponse à leurs environnements, c'est comme ouvrir une fenêtre sur le passé. Et cela permet de se rendre compte à quel point le vivant est dynamique et résilient, mais aussi très fragile.

Réalisateur(s)

Fabrice FINOTTI

Personnalité(s)

Production

Référent(s) scientifique(s)

Délégation(s)

CNRS Images,

Nous mettons en images les recherches scientifiques pour contribuer à une meilleure compréhension du monde, éveiller la curiosité et susciter l'émerveillement de tous.