Uniquement disponible pour exploitation non commerciale
© CNRS - 2025
Numéro de notice
8252
Médaille de bronze 2025 : Antoine Coutrot, un jeu vidéo pour détecter Alzheimer
Portrait d'Antoine Coutrot, médaille de bronze 2025 du CNRS, chercheur au Laboratoire d'informatique en images et systèmes d'information (LIRIS - CNRS/INSA de Lyon/Université Claude Bernard Lyon 1).
Et si un jeu vidéo pouvait aider à détecter la maladie d'Alzheimer plus tôt ? C'est le défi relevé par Antoine Coutrot. Grâce à Sea Hero Quest, un jeu mobile où les joueurs naviguent dans des labyrinthes aquatiques, son équipe a collecté les données de plus de 4 millions de participants à travers le monde. Objectif : analyser la navigation spatiale, une fonction cognitive altérée dès les premiers stades d'Alzheimer.
En croisant ces données avec des profils démographiques, Antoine Coutrot développe un outil d'aide au dépistage innovant, capable d'identifier des troubles cognitifs et d'orienter les patients vers des spécialistes. Une approche à la croisée de l'intelligence artificielle, des neurosciences et de la médecine, qui place la science participative au coeur de la recherche.
Durée
Année de production
Définition
Couleur
Son
Version(s)
Support Original
L’utilisation des médias visibles sur la Plateforme CNRS Images peut être accordée sur demande. Toute reproduction ou représentation est interdite sans l'autorisation préalable de CNRS Images (sauf pour les ressources sous licence Creative Commons).
Aucune modification d'une image ne peut être effectuée sans l'accord préalable de CNRS Images.
Aucune utilisation à des fins publicitaires ou diffusion à un tiers d'une image ne peut être effectuée sans l'accord préalable de CNRS Images.
Pour plus de précisions consulter Nos conditions générales
Transcription
Les chercheurs, c'est un peu comme les alpinistes ou les explorateurs, c'est curieux, c'est attiré par l'inconnu. Moi, j'ai rapidement compris que j'étais trop attiré par mon hamac pour supporter des bivouacs sous la neige, alors j'ai décidé d'explorer des contrées inconnues depuis mon laboratoire, depuis mon hamac aussi. J'ai fait ma thèse à Grenoble, au Gipsalab, et puis après des post-docs en Angleterre à Londres, à University College London. Et depuis mon arrivée à Lyon, donc au CNRS, au laboratoire Lyris, j'ai travaillé sur le diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer à partir d'un jeu vidéo. Mais le mieux, c'est que je vous montre.
La navigation spatiale, c'est-à-dire la façon dont les gens s'orientent dans un environnement donné, est une fonction cognitive très précocement altérée par la maladie d'Alzheimer, souvent plus de 10 ans avant que les symptômes plus classiques n'apparaissent.
Comme vous l'avez peut-être remarqué, le sens de l'orientation varie énormément d'une personne à l'autre. Moi, par exemple, je me perds tout le temps. Donc ici, vous allez voir les trajectoires de 1000 personnes qui ont dû résoudre ce petit labyrinthe dans lequel elles devaient, en commençant du point S, rejoindre les points 1, 2, 3 et 4. Il y a plein de facteurs non pathologiques qui expliquent cette variance dans la population en général. L'âge, bien sûr, mais aussi les habitudes de vie ou le type d'environnement dans lequel on a grandi. Pour prendre en compte tous ces facteurs non pathologiques, lorsqu'on évalue le comportement spatial d'un potentiel patient, il faudrait pouvoir comparer à un groupe contrôle du même profil sociodémographique.
Et comment faire pour collecter les données de navigation spatiale de suffisamment de personnes pour être à peu près représentatif de l'ensemble de la population ? C'est là que nous avons eu l'idée de nous tourner vers la science citoyenne en développant Sea Hero Quest, un jeu vidéo de navigation spatiale où les joueurs doivent résoudre des petits labyrinthes aquatiques.
Librement accessible sur téléphone et tablette, Sea Hero Quest a permis de collecter les trajectoires et donc les stratégies de navigation spatiale de 4 millions de joueurs entre 18 et 99 ans issues de tous les pays du monde. Collecter une telle base de données de manière classique, c'est-à-dire au laboratoire, aurait pris 10 000 ans et coûté 30 milliards d'euros. Aujourd'hui, nous servons de cette base de données de trajectoire pour entraîner des réseaux de neurones profonds à identifier les différentes stratégies mises en oeuvre par les joueurs.
Et à les regrouper en groupes homogènes. On collabore avec des gériatres et des neurologues pour faire jouer des patients au stade léger de la maladie et tenter d'identifier un comportement spatial signature de cette maladie pour un groupe sociodémographique donné.
Moi, ce que j'aime dans mon métier, c'est faire partie de la communauté scientifique. On ne fait jamais de la recherche en solitaire. Par exemple, Sea Hero Quest, c'est en libre accès pour l'ensemble des chercheurs du monde entier. Et actuellement, il y a plus de 60 équipes de par le monde qui utilisent cette application pour plein de projets différents. Être chercheur au CNRS, c'est avoir la possibilité de développer son projet sur le temps long. Et à mon avis, c'est vraiment une condition nécessaire pour mener à bien d'ambitieuses campagnes d'exploration scientifique.