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© CNRS - 2025
Numéro de notice
8209
Défense planétaire : la guerre aux astéroïdes - Va savoir #11
Titre Série
Va savoirUn astéroïde géant pourrait-il frapper la Terre dans les années à venir ? Contrairement aux dinosaures, l'humanité n'est pas sans défense. Grâce à la science, des chercheurs mettent au point des technologies pour dévier les astéroïdes menaçants. La mission DART, qui a percuté un astéroïde en 2022 pour en modifier sa trajectoire, marque un tournant dans la protection planétaire. En plus de prévenir un impact, ces missions spatiales nous aident à mieux comprendre la formation du système solaire.
Découvrez le travail des scientifiques à Nice qui oeuvrent pour défendre notre planète contre les dangers venus de l'espace !
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Transcription
Maxime Labat :
Ces astéroïdes sont finalement
peut-être à l'origine de la vie sur Terre
et on les étudie pour se protéger
de ce qu'ils peuvent faire pour l'éradiquer.
Au 21ᵉ siècle,
l'humanité a dans sa poche
les lois de la gravitation universelle
de Newton
et plus de 60 ans
d'expérience dans le domaine du spatial.
Alors la question se pose :
sommes-nous en capacité de prédire
et surtout d'éviter la collision
entre un astéroïde
et notre belle planète bleue ?
Il y a 65 millions d'années,
un gros caillou de l'espace
de la taille de Manhattan
ou de la taille de l'Everest
est venu percuter la Terre à la vitesse
d'une balle de fusil.
Avec leurs petits bras
et leurs grandes gueules,
autant vous dire que les tyrannosaures
n'ont rien pu faire.
C'est avec une grande joie,
si vous ne le saviez pas encore,
que je vous annonce que des programmes
de défense planétaire existent.
Défense planétaire, ça existe.
Nous sommes en fait dans l'âge d'or
des missions spatiales
dédiées à l'étude des astéroïdes.
Les défis techniques sont immenses
pour étudier et influer
sur la course de ces petits objets lancés
à pleine vitesse dans le système solaire.
C'est ce qu'on va vous raconter
aujourd'hui
depuis l'Observatoire
de la Côte d'Azur à Nice.
Je rejoins d'abord Patrick Michel,
astrophysicien,
et qui est l'expert français
de la défense planétaire.
- Alors, tu es un des spécialistes
des astéroïdes et tu es membre de différentes
commissions internationales.
C'est vraiment votre mission
dans ces commissions
de potentiellement sauver le monde ?
Patrick MICHEL :
- Oui, en fait, en réalité,
pour faire face aux risques
d'impacts d'astéroïdes,
qui est en fait un enjeu mondial
parce que si un astéroïde tombe sur Terre
déjà au départ,
on ne saura pas exactement
où il va tomber.
Maxime Labat :
- Il ne tombe pas forcément sur les États-Unis
comme dans les films ?
Patrick MICHEL :
- Ah non,
pas comme dans les films,
il peut tomber un peu partout,
parfois même dans les films américains,
il tombe ailleurs
mais c'est des Américains
qui s'en occupent.
Là, l'idée justement,
c'est que ce ne soit pas qu'un seul pays
qui s'en occupe
et qu'on ait une réponse qui soit
coordonnée à l'échelle internationale,
de telle sorte que le jour
où on doit faire quelque chose, on sache
comment mettre en oeuvre la solution
et qu'on ne perde pas de temps à savoir
qui fait quoi, comment, qui décide, etc...
Et ça, c'est sous l'égide de l'ONU
qu'on a des groupes de travail
qui essaient
d'organiser une réponse coordonnée.
Maxime Labat :
- Il faudrait qu'on le sache combien de temps
à l'avance
pour qu'on puisse être prêt ?
Patrick MICHEL :
- Alors si on veut pouvoir s'assurer
qu'on est capable de dévier un astéroïde
qui soit d'ailleurs pas trop gros
parce qu'il y a une limite en taille
à partir de laquelle
on n'a pas la technologie,
mais je dirais au moins une décennie
avant, voire deux pour être tranquille.
Donc en fait, la clé,
c'est de pouvoir anticiper.
C'est pourquoi,
une des premières choses à faire,
c'est de faire l'inventaire de ces objets.
En fait, la plupart des astéroïdes
sont entre Mars et Jupiter,
dans une ceinture qu'on appelle
“la ceinture principale des astéroïdes”,
qui contient des millions de corps
plus grands qu'un kilomètre,
et encore plus, plus petits.
Le plus gros s'appelle Ceres,
il fait 950 kilomètres de diamètre.
Alors ayant dit ça, si j'étais Han Solo
dans mon Faucon Millenium, dans la Guerre des étoiles,
Maxime Labat :
- C'est ce que je visualise là.
Patrick MICHEL :
- Eh bien je la traverse, et j'en vois aucun.
Maxime Labat :
- OK, on fait pas wouh wouh wouh.
Patrick MICHEL :
- Ah non, non, non.
En fait, ils sont nombreux, mais ils sont
petits, dans un espace qui est immense.
Et puis, en dépit du fait
qu'ils se voient très peu fréquemment,
ils sont séparés en moyenne de plusieurs
centaines de milliers de kilomètres,
de temps en temps,
ils se rentrent dedans.
Donc ça crée des fragments
et de temps en temps,
ces fragments sont mis
sur des trajectoires instables
qui les font passer d'une trajectoire
circulaire entre Mars et Jupiter
en une trajectoire qui s'allonge petit à petit
pour finalement croiser la Terre.
Les cratères sur la Lune
sont les meilleurs témoins des impacts passés
parce que la Lune
les enregistre.
Sur Terre, ils s'effacent au cours du temps
parce qu'on a la tectonique des plaques,
on a deux tiers d'eau,
ça fait "plouf", il n'y a pas de cratère,
on a les vents, l'érosion
qui effacent les cratères au cours du temps,
alors que la Lune n'a
pas tous ces phénomènes-là,
donc elle les enregistre, elle les garde.
En les comptant, en les datant,
on a pu constater qu'on a un taux d'impact
dans le système solaire interne
qui restait en moyenne constant.
Un objet d'un kilomètre
c'est en moyenne
tous les 500 000 ans,
c'est le seuil de catastrophe
à l'échelle du globe.
Un objet de 140 mètres,
c'est le seuil de catastrophe
à l'échelle d'une région, voire d'un petit pays.
C'est en moyenne
tous les 15 000 ans.
On arrive à faire des statistiques
comme ça.
Maxime Labat :
- Alors la grande mission spectaculaire,
bien sûr, ça a été DART.
Quand il y a eu vraiment...
Patrick MICHEL :
- Ça, c'est la déviation
Maxime Labat :
- ...une collision, une tentative,
la première tentative de déviation,
et vous avez ramené
des images spectaculaires.
Patrick MICHEL :
- Ah oui, alors, j'étais
l'un des initiateurs de ce projet.
Il faut savoir que
c'est la première fois dans l'humanité
qu'on dévie un corps céleste
et qu'on a réussi.
DART c'est une sonde qui fait à peu près
580 kilos avec ses grands panneaux solaires,
qui est munie d'une caméra
qui lui sert à se guider
et qui va taper dans cet astéroïde
qui fait à peine 150 mètres de diamètre,
donc c'est la taille d'un stade de foot,
à 11 millions de kilomètres de la Terre.
Maxime Labat :
- Et tu m'as dit ouais, c'est un duo ?
Patrick MICHEL :
- Voilà, c'est un astéroïde double
c'est comme la Terre et la Lune en petit
et en fait on tape sur la petite lune
pour la dévier de sa trajectoire
autour de son corps principal.
Et là, voici, on a...
Maxime Labat :
- Ça, c'est les images réelles ?
Patrick MICHEL :
- Ça, c'est les images réelles.
Donc on a Didymos qui est là,
750 mètres de diamètre,
Dimorphos, 150 mètres de diamètre.
Et la sonde, en fait,
utilise des points lumineux,
on les voit les cercles rouges,
pour se repérer et garder dans son champ
pour se guider, Dimorphos,
qui est celui sur lequel on veut taper.
D'ailleurs, ici
on voit écrit “precision locked”,
donc ça veut dire que là, ça y est,
elle a calé sa direction sur Dimorphos
et on n'a plus qu'à s'émerveiller
de voir petit à petit ce corps grandir,
le découvrir.
Voilà, là hop hop hop là !
On est vraiment très très très très
très très très près.
Et à la dernière image,
évidemment, la sonde explose
et on a qu'une partie de l'image.
On n'a pas réussi à tout récupérer.
Et pour nous, c'était un moment génial
parce qu'on découvrait
la réalité de cet objet qui pour nous
n'était qu'un modèle mathématique.
On sait qu'on a réussi,
simplement, on n'est pas restés sur place
parce que la sonde a explosé
et donc on ne sait pas
dans quel état est l'astéroïde
et quelle a été l'efficacité
de la déviation.
Mais nos prédictions, c'est qu'on l'a
effectivement entièrement déformée.
Maxime Labat :
- Ça, c'est la nouvelle expédition
qui va vous apporter des images.
Patrick MICHEL :
- Donc là, la sonde est partie
le 7 octobre 2024.
Donc là, on va aller retourner voir
ce corps-là et savoir dans quel état il est.
Maxime Labat :
- Alors là, si je comprends bien,
la mission DART, elle,
elle s'est crashée dans l'astéroïde,
donc elle n'a pas pu ramener de matière.
Vous en avez ici
d'autres missions spatiales
qui ont ramené
de la matière de ces astéroïdes ?
Patrick MICHEL :
- Oui, ça s'appelle
des "missions de retour d'échantillons".
Et effectivement, nous sommes impliqués
dans deux missions : Hayabusa 2, japonaise,
et OSIRIS-REx de la NASA.
Et il se trouve que dans le cadre d'OSIRIS-REx,
grâce à Guy Libourel
qui est un cosmochimiste du laboratoire Lagrange,
de l'Observatoire de la Côte d'Azur,
c'est lui qui est en charge de l'analyse
des échantillons d'OSIRIS-REx en France.
Maxime Labat :
- Parfait !
Bon bah allons voir Guy.
On a donc fait une trentaine de kilomètres
pour se rendre au CRHEA
où j'ai pu rencontrer Guy Libourel,
cosmochimiste.
Salut Guy !
Guy Libourel :
- Bonjour.
Maxime Labat :
- Merci de m'accueillir.
Oh, c'est eux !
Guy Libourel :
- Donc effectivement les
fameux échantillons de Bennu,
donc OSIRIS-REx.
Cette mission qui nous a ramené
ces échantillons précieux
de cet astéroïde très primitif
qu'on appelle "Bennu".
Maxime Labat :
- Donc attends, la NASA
a envoyé une sonde sur l'astéroïde,
elle a récupéré un peu de matière,
elle a ramené des échantillons sur Terre
et ensuite elle les a distribués
en partie à plein de labos dans le monde
et en partie elle en garde
au cas où on arrive mieux
à les analyser dans le futur.
Guy Libourel :
- Exactement. Ça, ce sont des roches,
des roches extraterrestres hétérogènes.
Une roche par définition,
elle est constituée de minéraux
et donc ces minéraux
présentent des agencements des atomes
dans les trois dimensions de l'espace.
Donc en fait, ce qu'on va regarder, c'est
quel est le message que porte
chacun de ces minéraux pour un peu
les faire parler et un peu nous dire
dans quelles conditions
ils se sont formés.
Alors ce qu'on voit ici, donc,
c'est un grain de calcite, de carbonate,
et en fait c'est un grain
parmi des millions qui constituent le grain
qu'on a mis dans la machine.
Le grain qu'on a mis dans la machine,
il contient des millions de minéraux.
Et ce que l'on voit là,
c'est les différentes étapes
de croissance du grain.
Donc en fait, on est capable
de raconter l'histoire de ce grain
et là on est remonté à
4,5 voire 4,6 ou 4,7 milliards d'années,
quelques millions d'années
après la formation du système solaire.
Maxime Labat :
- Et ça, il y a très très peu de matière
qui permet de remonter aussi loin
dans l'histoire de notre système solaire.
Guy Libourel :
- Certains objets vont
nous permettre de remonter
dans l'histoire du système solaire,
la Terre par exemple.
Elle nous permet de remonter jusqu'à
sa formation.
Par contre, là, on veut remonter
encore plus avant et on veut approcher
le plus le t(0), le tout début
de la formation de notre système solaire.
Quels étaient les premiers ingrédients ?
Quelles étaient les premières briques ?
Quels étaient les premiers astéroïdes
qui se sont formés ?
Alors je ne dis pas qu'on va y arriver,
mais on a peut-être les clés
dans ces échantillons de Bennu.
Maxime Labat :
Savoir que tout autour du globe,
des scientifiques observent des objets
extraterrestres prêts à nous détruire,
je dois dire que ça m'enthousiasme,
autant que ça m'angoisse, un petit peu.
Si un astéroïde géocroiseur frappe
à la porte dans dix, cent ou mille ans,
est-ce que l'humanité sera en capacité,
techniquement,
politiquement,
de lui faire changer de trottoir ?
Va savoir.
En tout cas, une chose est sûre,
on s'y sera mieux préparés que les dinosaures.