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© CNRS - 2025
Numéro de notice
8190
Luttes de pouvoir chez les babouins
Plongez au coeur du désert du Namib, où une équipe de scientifiques suit de près une troupe de babouins chacma. Entre luttes de pouvoir, alliances stratégiques et comportements complexes, les recherches d'Élise Huchard et de son équipe révèlent des dynamiques sociales complexes. Comment la hiérarchie s'installe-t-elle dans le groupe ? Pourquoi les mâles agressifs ont-ils plus de chances de se reproduire ? Découvrez les stratégies surprenantes de ces primates dans un environnement hostile — une plongée captivante au coeur de la société des babouins !
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Transcription
Commentaire voix-off :
Nous sommes en Namibie,
en bordure du désert du Namib.
C'est ici qu'une équipe
internationale de scientifiques
dirigée par la primatologue
Élise Huchard du CNRS,
explore un vaste territoire
pour étudier des animaux sauvages
qui ont su s'adapter à des conditions
de vie particulièrement hostiles.
Ces animaux, les voici :
ils s'appellent MZuzu,
Antananarivo ou même Narco.
Ces babouins chacma sont étudiés
par les scientifiques
du Tsaobis Baboon Project
depuis plus de 20 ans.
Elise Huchard :
Pour chaque individu, on connaît tout
son réseau social, toute sa famille,
son histoire,
parfois les difficultés
auxquelles il a fait face, à quel point
ça a pu impacter ses trajectoires sociales
et comportementales plus généralement.
Commentaire voix-off :
Ce temps passé au plus près des animaux
soulève régulièrement pour Élise
et son équipe, de nouveaux questionnements
sur la vie sociale de ces primates
et notamment sur les luttes de pouvoir
qui structurent ces sociétés.
Mais avant d'étudier ces babouins,
il faut d'abord les localiser.
L'équipe de recherche
doit retrouver leur trace par radiopistage.
Quelques individus du groupe
sont équipés de colliers particuliers
qui émettent un signal radio longue portée.
En se déplaçant,
les scientifiques tentent de localiser
les babouins
par triangulation de ce signal radio.
Tal Kleinhause :
Par rapport à là où on était,
on les a suivis le long de la colline.
On vient de la dépasser.
Commentaire voix-off :
Et aujourd'hui, l'équipe d'Élise Huchard
a retrouvé la troupe
autour de la capture d'une antilope.
Tal Kleinhause :
Là, il est en train de manger
à 5 mètres de nous.
Commentaire voix-off :
Dans cet environnement aride
où la ressource alimentaire est limitée,
le partage d'une proie est une situation
propice aux jeux de pouvoir
et illustre parfaitement les relations hiérarchiques
installées dans le groupe.
Ici, le mâle dominant s'accapare le butin.
Elise Huchard :
Ces situations
sont particulièrement révélatrices.
Il y a toutes les femelles
plus bas dans la hiérarchie
et les plus petits qui s'approchent
pour voir
s'il ne resterait pas une petite miette.
Commentaire voix-off :
Pour décrire et étudier
les relations et interactions
entre les individus,
les primatologue doivent observer
et enregistrer les comportements de chacun
au cours de ce que l'on appelle
une observation focale.
Leurs moindres faits et gestes sont consignés,
puis analysés,
et en particulier
toutes les interactions conflictuelles
qui permettent de comprendre
l'organisation du groupe
et les luttes de pouvoir
qui le structurent au fil du temps.
Elise Huchard :
Il y a deux grands types de comportements
qui sont très, très indicatifs
de rapports de pouvoir et de hiérarchie.
Il y a d'une part
les comportements agonistique,
c'est-à-dire
soit des comportements de type agressif,
soit des comportements de type
dominance/subordination.
Si un dominant marche en direction
d'un subordonné,
le subordonné
va automatiquement lui laisser le passage.
Commentaire voix-off :
Mais l'accès à la nourriture
est loin d'être le seul enjeu.
Les mâles luttent également pour l'accès
aux femelles fertiles.
En observant
la troupe sur plusieurs années,
l'équipe d'Élise Huchard a ainsi pu documenter
les stratégies comportementales
qui se développent entre mâles et femelles
au sein de ce que les scientifiques
appellent une véritable guerre des sexes.
L'ensemble de ces observations
et interactions agressives
sont analysées à l'Institut des Sciences
de l'Évolution de Montpellier.
Elise Huchard :
Voici des clichés impressionnants.
Ils tuent des petits qui ne sont pas
les leurs, de façon à rediriger un peu
les ressources maternelles
vers leur propre descendance.
Quand il tue un bébé,
la mère, elle redevient fertile.
Commentaire voix-off :
En réponse, pour limiter l'infanticide,
les femelles s'accouplent
avec plusieurs partenaires.
Elles brouillent ainsi les pistes de
la paternité de leurs petits.
Chaque mâle a moins de chance d'être le père,
mais plus de mâles pensent l'être.
Ces derniers évitent en effet de tuer
un petit qui pourrait être le leur.
Les mâles n'ont cependant
pas dit leur dernier mot.
Ils ont développé
une contre-stratégie violente :
par des intimidations et agressions
répétées envers les femelles,
ils tentent de les contraindre
à s'accoupler avec eux.
Et uniquement avec eux.
On parle de coercition sexuelle.
Les scientifiques ont montré
que les femelles fertiles reçoivent ainsi
quatre fois plus d'agressions de la part
des mâles que les autres femelles.
Mais cette stratégie est-elle
réellement payante ?
Grâce à des tests génétiques
de paternité,
l'équipe de recherche
a pu mettre en évidence qu'en effet,
ces mâles agressifs, ont beaucoup plus de chances
d'être les pères des petits à naître.
Les stratégies des uns provoquent
des contre-stratégies des autres,
menant à une coévolution
des comportements entre les sexes.
Mais les luttes de pouvoir
ne se limitent pas aux relations
mâles / femelles.
Et ces études en éthologie s'intéressent
plus largement
à la dominance
de certains individus sur tout le groupe
avec pour objectif de comprendre pourquoi
dans certaines sociétés,
les relations sont très hierarchiques
au point d'être despotiques.
De retour au laboratoire de Montpellier,
Tal Kleinhause s'intéresse
à ce comportement qui se mesure
en évaluant les interactions agressives
gagnées par un individu sur les autres.
Tal Kleinhause :
Sur cet axe,
nous avons différents individus.
Au numéro 1,
le rang hiérarchique le plus élevé,
et au 7 le rang le plus faible.
Et sur l'axe des ordonnées,
nous avons le nombre de victoires.
On peut voir que le climat est apaisé.
En revanche, dans une société
plus despotique, l'individu
au plus haut rang remporte
quasiment toutes les victoires.
Commentaire voix-off :
Parmi les primates,
il existe de nombreuses variantes.
Chez ces macaques japonais par exemple,
on parle bien d'une société despotique,
alors que chez d'autres espèces
comme ces singes vervets,
les rapports hiérarchiques
sont plus fluctuants, plus égalitaires.
Qu'en est-il alors chez nos babouins chacma ?
Tal Kleinhause :
Ce graphique
montre les différences de rang
et la hiérarchie globale dans la troupe J.
On peut voir que Amboseli
et le mâle qui domine
bien au dessus des deux mâles
qui le suivent :
Narco et Antananarivo.
Commentaire voix-off :
Quelles sont les raisons qui expliquent
l'émergence d'un comportement despotique ?
Une des hypothèses de Tal :
le style maternel
conduirait à l'expression du despotisme
chez le jeune.
La chercheuse s'attend à
ce que les femelles les plus protectrices
favorisent des comportements plus méfiants
et moins tolérants chez leurs petits.
Ainsi, la structure hiérarchique
d'une société
pourrait être transmise
de la mère à l'enfant, culturellement,
via les comportements maternels
qui seraient le vecteur
de la culture sociale d'une communauté.
Tal Kleinhause :
Nous utilisons des observations focales
où l'on suit de très près
une mère et son petit et l'on
va mesurer leur proximité,
quelle quantité d'attention
la mère porte à son jeune.
Commentaire voix-off :
Il faudra toutefois
attendre quelques années
pour vérifier le niveau de despotisme
de ces jeunes babouins
plus ou moins
protégés et choyés par leur mère.
L'équipe de recherche vise plus largement
à comparer les sociétés animales entre-elles
pour documenter les diversités
des structures sociales
et comprendre leurs émergences
au cours de l'évolution.
Ces études à long terme
pourraient même, à l'avenir,
nous éclairer sur l'organisation
de nos propres sociétés humaines.