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© CNRS - 2025
Numéro de notice
8189
Roscoff : les vigies du monde marin - Va savoir #10
Titre Série
Va savoirLa station biologique de Roscoff (Bretagne) étudie depuis 1872 l'océan et ses habitants, souvent invisibles à l'oeil nu mais indispensables à la vie marine. Certaines méthodes perdurent, d'autres révolutionnent la compréhension du vivant et des écosystèmes. Embarquez avec notre reporter !
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Son
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Transcription
Maxime Labat :
Aujourd'hui, je vous retrouve sur la côte bretonne et plus particulièrement à la station biologique de Roscoff où des scientifiques étudient depuis plus de 150 ans, sans relâche l'océan et ses littoraux. Oh Yeah ! On dit souvent que la dernière grande terra incognita de la planète se trouve au fin fond de l'océan, dans les abysses, et qu'on connaît mieux la surface de la lune que le fond des océans. Mais on oublie souvent de dire qu'il est extrêmement difficile d'étudier les organismes qui se trouvent là, juste là, sous la surface, sur le littoral, dans un verre d'eau, pris comme ça dans l'océan ou dans une poignée de sable. Parce qu'une grande partie de cette biodiversité est invisible à l'oeil nu. C'est justement ces mondes minuscules, cachés dans cet espace immense, qui sont étudiés ici depuis 1872. Alors j'avais envie de voir comment les moyens scientifiques ont évolué entre la fin du 19ᵉ et le début du 21ᵉ siècle. Alors c'est parti, je vous embarque. On va aller voir.
- Bonjour Fabrice.
Fabrice Not :
- Bonjour Maxime.
Maxime Labat :
- Merci beaucoup de nous accueillir ici à la station biologique de Roscoff. Je crois que vous venez de fêter vos 150 ans.
Fabrice Not :
- C'est ça ! Les 150 ans en 2022.
Maxime Labat :
- Au départ, c'était quoi l'idée de venir construire ici une station biologique ?
Fabrice Not :
- Alors c'est Henri de Lacaze-Duthiers, le monsieur là, qu'on voit peut être derrière. À Roscoff, il a trouvé des conditions idéales pour l'étude des organismes sur le terrain. On trouve des marées basses à grands coefficients de marée à 12 h, ce qui permet d'aller collecter facilement les échantillons et les observer tout de suite parce qu'il y a encore la lumière du jour donc voilà. Il y a des plages de sable, il y a des rochers. Donc ce qui crée aussi de la biodiversité accessible assez facilement et on est à Roscoff a une limite de distribution des espèces, des espèces du Sud et des espèces du Nord qui viennent se rencontrer. Des conditions favorables je dirais, à une riche biodiversité des espèces qu'on pouvait y trouver. Aujourd'hui, on utilise notamment la génomique, donc l'ADN des organismes, pour les étudier eux-mêmes en tant qu'organismes, mais aussi pour les étudier dans leur environnement et la relation que ces organismes ont avec l'environnement.
Maxime Labat :
- Du coup, j'ai très envie de faire un tour du propriétaire. Tu peux me montrer un petit peu les installations.
Fabrice Not :
- Oui, on peut aller faire un tour.
Maxime Labat :
- Ah, c'est trop bizarre. Et donc ça, non seulement c'est un animal, mais c'est un animal qui est proche finalement des vertébrés.
Fabrice Not :
- Qui est à la base, les vertébrés, oui.
Maxime Labat :
- On dirait de l'ambre, c'est incroyable ! Et donc ici, en même temps, des chercheurs et des étudiants qui viennent découvrir du coup le monde marin. Pas dans les papiers, mais...
Fabrice Not :
- Tout à fait. Se confronter à la réalité du terrain et à la réalité des organismes dans les aquariums pour pouvoir les étudier, pour pouvoir effectivement apprendre.
Maxime Labat :
- Je viens de voir une roussette. Pourquoi vous avez un requin ici ? C'est incroyable !
Fabrice Not :
- La roussette, effectivement, on en a plusieurs et on maîtrise l'élevage maintenant grâce à nos techniciens ici et nos ingénieurs. C'est un organisme qui est beaucoup utilisé comme modèle, notamment ici sur la régénération du rein
Maxime Labat :
- Et il y a encore des aquariums ici.
Fabrice Not :
- Voilà, alors ici, on est dans l'ancien aquarium public qui a été fermé puis réhabilité pour faire des expériences. Donc là on est dans un système où il y a beaucoup d'expériences, il y a des grands bassins comme ça, des plus petits, on peut régler la température, la salinité, la lumière et faire des expériences pour voir comment les organismes réagissent.
Maxime Labat
- Réagissent à différentes modifications de ces paramètres. Mais la station biologique de Roscoff, ce n'est pas que des laboratoires ici sur Terre, c'est aussi des bateaux qui permettent d'aller explorer l'océan. Et aujourd'hui, par chance, on nous a proposé d'aller avec eux. Enfin, par chance, on va voir parce qu'apparemment ça remue pas mal dans le coin. L'air de la mer... Jusqu'ici, tout va bien. Là, on est sur le Néomisis, qui est le bateau qui, en ce début du 21ᵉ siècle, permet aux chercheurs d'aller explorer le site de Roscoff et de ramener tous leurs prélèvements au labo.
Céline Houbin :
Les suivis, on a en particulier des suivis à long terme en baie de Morlaix, depuis 1977. Le but des suivis, c'est de voir d'une année sur l'autre l'évolution. S'il y a des espèces qui apparaissent, des espèces qui disparaissent, des espèces qui une année sont peu abondantes, une autre année sont très abondantes. Et pour expliquer comme ça le fonctionnement et la structure de l'écosystème.
Maxime Labat :
- Mais d'avoir un format régulier, c'est sur un mètre carré à cet endroit là, à cette saison...
Céline Houbin :
- Oui pour pouvoir comparer ensuite d'une année sur l'autre, d'un échantillonnage sur l'autre. Et maintenant qu'on a ce précieux échantillon, on peut le ramener à Fabienne on peut le ramener à Fabienne Rigaut-Jalabert qui va le transformer en data.
Fabienne Rigaut-Jalabert
- Dans cet échantillon là, il y a des millions de cellules de phytoplancton. Et des millions de cellules qui ont une gamme de tailles qui va de qui va de moins d'un micromètre, jusqu'à 100, 200, 300 micromètres. Il y a également du zooplancton, donc la partie animale du plancton, “phyto” c'est la partie végétale du plancton, et “zoo”, la partie animale. Il n'y a pas de définition de taille. La définition du plancton, c'est la capacité ou non des organismes à sortir des courants. Donc je vais vous parler plus précisément du phytoplancton puisque c'est ma spécialité. Ce sont des organismes végétaux qui font de la photosynthèse, qui produisent de l'oxygène, qui consomme du CO2. Et il faut savoir que schématiquement toujours, on a tendance à dire que la moitié de l'oxygène que nous respirons provient du phytoplancton.
Maxime Labat :
- Pas tant que ça des forêts, mais plutôt du phytoplancton.
Fabienne Rigaut-Jalabert :
- Autant, quasi autant.
Maxime Labat :
La biologie et l'écologie sont avant tout des sciences de l'observation. Savoir qui est là et quand, est à la base de toutes les autres connaissances et dans un monde soumis à des transformations rapides, le suivi régulier et rigoureux de ces écosystèmes n'a jamais semblé aussi important pour prendre les bonnes décisions.
- Alors toi, quand tu regardes ces échantillons, qu'est ce que t'essaies de savoir ? Les espèces qu'il y a dedans, leur densité, leur population, leurs gènes ? Et vous êtes combien après à les étudier ces échantillons ?
Fabienne Rigaut-Jalabert :
- Moi, mon travail, mon métier, mon coeur de métier, c'est de faire de l'observation. Le suivi du phytoplancton à Roscoff a débuté dans les années 2000, à raison d'un échantillonnage tous les quinze jours. Donc là, le suivi du phytoplancton va bientôt attendre 25 ans et il commence à devenir intéressant. Une fois par an, les données sont intégrées dans une grande base de données nationale qui regroupe vraiment les données de toutes les stations. Ici, nous sommes dans des eaux riches et brassées. Et bien, il y a une grande famille de microalgues qui adore justement les eaux riches et brassées. C'est la grande famille des diatomées et c'est particulièrement agréable à observer parce que ce sont des algues qui ont une cuirasse de silice. La silice, c'est du verre, donc c'est un minéral et donc ce sont des algues qui ont des formes très géométriques. Elles métabolisent la silice qui est dissoute dans l'eau pour pouvoir fabriquer leurs cuirasses. Quand il y a la période où il y a une grande, un grand développement, on va dire un bloom de diatomées, et bien automatiquement la silice de l'eau va diminuer. Et quand toutes ces diatomées à l'automne vont mourir, et bien hop, on va observer une augmentation de la silice, Il y a une oscillation des paramètres physico-chimiques et des populations de phytoplancton et c'est intéressant de voir, d'observer cette succession d'espèces et de voir comment ça se passe. Parce que finalement, pour le réchauffement climatique, peut-être que c'est cette succession d'espèces qui va être décalée. En fait on va pas obligatoirement voir un gros changement, un changement énorme de biodiversité. On peut déjà voir des décalages dans l'apparition des espèces.
Maxime Labat :
L'avenir de la terre est en mer. Mais on sait aussi que l'avenir de la mer dépend de nos comportements à nous sur terre. Nous savons que le temps presse, mais la science est affaire de temps long. J'espère que la station biologique de Roscoff sera encore là dans 150 ans et que mes arrière-arrière-petits-enfants pourront venir y découvrir les merveilles de l'océan. Après, quelles seront les espèces présentes dans les eaux bretonnes en 2172 ? Va savoir. “Dès que le vent tournera, je repartira”
Mots-clés
- Interaction biologique
- Aquarium
- Phytoplancton
- Diatomée
- Station de recherche
- Technique de laboratoire
- Navire océanographique
- Evolution des espèces
- Prélèvement
- Dispositif expérimental
- Chercheur CNRS
- Ingénieur technicien CNRS
- Mer et océan
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- Bretagne
- Personnel sur le terrain
- Personnel de la recherche
- Image aérienne
- Image de microscopie