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© CNRS - 2024

Numéro de notice

8136

Médaille d'or 2024 : Edith Heard, passion épigénétique

La médaille d'or du CNRS est décernée cette année à la biologiste Edith Heard, spécialiste mondiale de l'épigénétique. Aujourd'hui directrice générale du Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL) et professeure au Collège de France, Edith Heard est mondialement reconnue pour ses travaux pionniers sur l'inactivation du chromosome X, un processus essentiel au développement des embryons femelles. Ses recherches ont permis de dévoiler des mécanismes épigénétiques régulant l'expression des gènes, offrant une nouvelle compréhension des premiers stades embryonnaires ainsi que de la biologie des femmes. Ses découvertes ont révolutionné notre compréhension de l'épigénétique, discipline qui explore les changements dans l'activité des gènes qui définissent l'identité d'une cellule. En d'autres termes, l'épigénétique examine la manière dont des modifications, transmissibles et réversibles, peuvent influencer l'expression des gènes sans en altérer l'ADN.

Durée

00:06:10

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HD

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Version(s)

Français

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Transcription


Edith Heard : La recherche est une formidable aventure. C'est une activité qui nous permet de réfléchir, collaborer et de découvrir. Edith est une source d'inspiration pour les prochaines générations de scientifiques. Elle incarne avec féminité l'excellence scientifique. Edith a une force de travail, une force de caractère, une détermination qui est assez exceptionnelle. Mon domaine de recherche, c'est l'épigénétique. L'épigénétique concerne tous les changements d'activité des gènes qui peuvent être héritables, réversibles, mais qui ne concernent pas un changement au niveau de la séquence de l'ADN. C'est-à-dire le gène lui-même, son ADN, ne change pas, mais son activité peut varier. Et cette activité ensuite peut être héritée à travers les divisions cellulaires ou même à travers les générations. Et je travaille sur un processus qui est l'inactivation du chromosome X, qui est un très bel exemple d'épigénétique. C'est un processus essentiel chez les femelles. Un des deux chromosomes X doit être inactivé au cours de l'embryogenèse et une fois que le X est inactivé, cet état est propagé à travers les divisions cellulaires. Il y a une mémoire cellulaire de cette inactivité de ce chromosome X. Ce qui est fascinant avec ce processus, c'est qu'on peut comprendre quel type de changement au niveau de ce chromosome sont responsables de cette mémoire cellulaire. C'est au moment où j'étais à Cambridge pour faire mes études que j'ai rencontré deux personnes qui ont complètement marqué ma vie : Robert Martienssen qui était en train de faire sa thèse. Il m'avait montré la séquence du gène qu'il étudiait. La passion avec laquelle Rob parlait de son travail, m'avait montré le gène qu'il avait séquencé, était pour moi très important. Et donc j'ai un peu suivi ses pas. C'est aussi à Cambridge que j'ai rencontré Vincent. Nous nous sommes rencontrés sur les bancs des cours de génétique qui étaient dispensés en troisième année. Et là, c'était le début d'une aventure personnelle, bien entendu, mais aussi d'une aventure scientifique qui tient encore jusqu'à aujourd'hui. C'était à l'Institut Pasteur où j'ai fait mon post-doc à partir de 1990, où j'ai commencé à travailler sur l'inactivation du X. Mon projet de post-doc était de chercher la région qui déclenche ce processus. Edith est arrivée à un moment absolument clé puisque venait d'être découvert le gène Xist. C'est le seul gène que l'on connaissait à l'époque être spécifiquement exprimé sur le X inactif. Tout le monde, évidemment, s'est engouffré dans l'étude du gène Xist mais Edith savait qu'il fallait bien plus sans doute que le gène Xist pour expliquer l'inactivation du chromosome X. Donc j'ai testé des régions de plus en plus grandes pour essayer de trouver quelle était la région qui pouvait non seulement exprimé Xist correctement, mais déclencher ce processus d'inactivation. Edith est partie sur une voie relativement ardue, mais Edith a persévéré. Et c'est peut-être le trait de caractère qui la caractérise tout au long de son parcours scientifique. J'ai passé des années totalement exceptionnelles. C'est un institut qui est magnifique. Et puis j'ai été entourée par des scientifiques brillants. Lors de notre première rencontre, j'ai compris qu'elle avait une vision scientifique et un potentiel exceptionnel A l'Institut Curie, Edith a fait des découvertes cruciales. Ses recherches sur l'inactivation du chromosome X ouvrent des voies de recherche originales sur les cancers, les maladies du système immunitaire et neurodégénératives. Par exemple, on a regardé au moment où l'embryon s'implante dans l'utérus, on a réalisé que le chromosome X était inactivé et ensuite il est réactivé de manière très dynamique. Et en fait, les cellules dans lesquelles on a vu cette réactivation du chromosome X étaient les cellules qui peuvent donner lieu à des cellules souches embryonnaires. Edith est passée comme ça de découvertes majeures en découvertes majeures, et chaque fois sur des fronts très nouveaux, très ambitieux. Sa grande force, à mon sens, c'est d'avoir toujours su s'entourer des meilleurs. Avec mon passé britannique, grec, français, en rejoignant l'EMBL, en fait, j'ai rejoint une organisation qui reflète, je dirais, toute la philosophie de travail que j'aime : beaucoup de collaborations, très internationales et très interdisciplinaires. J'ai vraiment commencé à côtoyer Edith lorsque je suis arrivée à l'EMBL. J'ai pu voir à quel point Edith stimulait la collaboration entre les scientifiques de différentes disciplines pour qu'émerge alors un programme commun. En fait, elle a un charisme extraordinaire qui entraîne et persuade. Je suis extrêmement honorée d'avoir reçu cette médaille d'or. Et je dirais aussi très touchée parce que pour moi, le CNRS m'a toujours soutenue. On voit à quel point c'est important de continuer la science, la recherche, de la soutenir, de découvrir les choses qui peuvent aider, non seulement à trouver les solutions de demain, mais aussi réunir les gens, les peuples à travers les pays. Donc pour moi, c'est important qu'on continue dans ce monde qui change.

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