Uniquement disponible pour exploitation non commerciale

© CNRS - 2024

Numéro de notice

8095

Cartographier Carnac

Qui a construit les alignements de Carnac, et pourquoi ? Une équipe d'archéologues et de géophysiciens cartographie le sous-sol de ce site néolithique érigé il y a près de 7 000 ans en Bretagne, à la recherche de menhirs enfouis, carrières, fossés et traces d'habitats, à la recherche de menhirs enfouis, carrières, fossés et traces d'habitats. Grâce à des technologies innovantes et non-invasives, comme un magnétomètre ou un radar volant, ils espèrent mieux comprendre le contexte de création des alignements et le mode de vie de leurs bâtisseurs.

Durée

00:07:17

Année de production

Définition

HD

Couleur

Couleur et NB

Son

Sonore

Version(s)

Français

Support Original

Apple ProRes 422

Transcription


Vincent Ard :
Ce qui est très particulier à Carnac
et ce qui en fait un des sites mégalithiques
les plus importants d'Europe,
c'est la quantité de monuments mégalithiques
et notamment de pierres dressées.
Il y a plusieurs milliers de pierres dressées.
Plusieurs dizaines, voire centaines de milliers
de personnes par an fréquentent ce site
et se posent tous la question :
qui les a construites et quand ?

Reena Perschke :
Où est-ce que les gens ont vécu
en ces temps-là, au néolithique ?
Comment organisaient-ils leurs champs ?
Leurs animaux ?
Comment élevaient-ils leurs enfants ?
Ça, ce sont les choses
qui sont aussi intéressantes.

Commentaire voix-off :
Il y a près de 7 000 ans,
des populations du néolithique
ont érigé à Carnac, en Bretagne,
des structures de pierres : des alignements
et des cercles dont le sens
nous échappe encore aujourd'hui.
S'agissait-il de lieux de culte,
d'allées de processions
ou bien de frontières symboliques ?
Pour tenter d'éclairer les mystères
qui planent autour de ce site,
une équipe d'archéologues
s'est associée à des géophysiciens.
Ils vont cartographier le sous-sol
en utilisant des techniques non-invasives.
Une nouvelle approche qui pourrait bien bouleverser
l'avenir de l'archéologie.

Vincent Ard :
L'objectif de la mission, c'est d'utiliser des méthodes
qui n'ont jamais été utilisées ici
et puis aussi de voir où vivaient les gens
qui ont construit ces monuments,
en tout cas à proximité des alignements.
Et puis, pour ce qui est
de la chronologie de ce site,
pendant combien de temps
il était utilisé ?
Et puis, sans parler
évidemment du pourquoi :
pourquoi ont-ils fait ces alignements
sur des kilomètres ?

Commentaire voix-off :
Ce matin-là,
les scientifiques se sont donné rendez-vous
dans cette parcelle proche des alignements.
À sa surface,
aucune trace de vestiges néolithiques.
Mais l'équipe conduite par Vincent Ard, du CNRS
et Vivien Mathé, de l'université de la Rochelle,
pense que le terrain pourrait cacher
des structures anciennes.
Ils vont réaliser une première cartographie de la zone
grâce à cet étrange charriot :
un magnétomètre.
En parcourant l'ensemble de la parcelle,
cet instrument va enregistrer
les variations magnétiques
du terrain à une profondeur de 50 cm.

Vivien Mathé :
Avec un système comme ça,
on arrive à cartographier 2 à 3 hectares par jour,
ce qui va représenter sur la parcelle
plusieurs millions de mesures,
ce qui va nous permettre de voir des
détails qui sont à peu près gros comme ça.

Vincent Ard :
Ce qu'on pourrait chercher ici,
c'est des menhirs qui ne sont pas visibles, qui sont couchés.
On peut retrouve aussi des fosses d'anciennes
stèles, d'anciens menhirs qui ont disparu.
Et puis après on peut chercher
des foyers à pierres chauffées,
c'est-à-dire des fours.
Et ces fours ont servi sans doute à la fois à des cérémonies,
mais aussi pour des activités domestiques.
On peut chercher aussi des fossés,
parce que très souvent ces villages
étaient ceinturés de fossés,
voire des trous de poteaux de maisons.
Donc c'est tout un champ de structures liées
soit au monde symbolique,
c'est-à-dire les pierres dressées,
soit au monde domestique : les villages.

Commentaire voix-off :
Pour mieux comprendre les alignements
ainsi que les villages associés,
les premières données issues du magnétomètre
doivent être affinées et complétées.
L'équipe va notamment tester un prototype
destiné initialement à l'exploration spatiale.
Philippe Paillou et Sylvia Lopez sont planétologues.
Ils ont développé ce drone équipé d'un radar
qui pourrait être utilisé pour cartographier
la surface d'autres planètes.
Mais avant de peut-être l'envoyer vers Mars,
ils ont besoin d'un terrain d'expérimentation ici, sur Terre.
Pour son baptême de l'air,
l'instrument va sonder un petit périmètre
à la recherche des formes observées
par le magnétomètre avec une bien meilleure résolution.

Philippe Paillou :
Le coeur de l'instrument,
c'est ce qu'on appelle un radar.
C'est un radar qui émet, un peu comme un sonar,
une onde électromagnétique
qui va rentrer dans le sol.
Et à chaque fois
qu'il y aura une variation
des propriétés électriques du sol
et du sous-sol,
il y a une partie qui va être réfléchie
à nouveau vers l'instrument.
Quand on a une variation du signal
qui nous revient,
c'est qu'il y avait
quelque chose dans le sous-sol.

Commentaie voix-off :
Si la nouvelle cartographie
s'articule avant tout autour du déploiement
de nouvelles technologies sur le terrain,
elle s'appuie également sur d'autres sources de données
plus conventionnelles, et encore peu exploitées aujourd'hui.
L'archéologue Reena Perschke a rejoint le projet
en tant que spécialiste
de la documentation ancienne et en langue allemande
qui décrit le site et témoigne de ses transformations récentes.

Reena Perschke :
Ça, ce sont les débris
de la fouille allemande de 1941 et 1942.


Commantaire voix-off :
Sur ces photos de 1941,
les archéologues nazis sont à pied d'oeuvre
entre les alignements de Carnac.
Il s'agit de la dernière fouille
importante de ce site,
et une référence pour les archéologues
d'aujourd'hui.
Soutenus par la Luftwaffe,
qui leur fournira des images aériennes du site,
les scientifiques du troisième Reich
ont collecté des données désormais
précieuses sur l'état des alignements
avant l'avènement du grand tourisme
d'après-guerre.
Sur ces relevés
figurent des menhirs aujourd'hui
disparus ou déplacés.

Reena Perschke
En 1940, pendant l'occupation de la Bretagne,
les archéologues nazis étaient ici
pour un projet de recherche.
À cette époque,
l'archéologie était une science politique.
Ils ont comparé les mégalithes d'ici
avec les mégalithes du nord de la Scandinavie
et ils voulaient prouver
que ce terrain avait été bâti
par des proto-Germains
et comme ça c'est une région germanique.
Cela devait prouver que le
la bataille de France était justifiée
parce que c'est un terrain germain qui
devait appartenir à la Deutsches Reich.

Commentaire voix-off :
Reena Perschke a fouillé durant des années
les archives du régime nazi
et partage aujourd'hui ses découvertes
avec l'équipe de recherche française
mais aussi avec le musée de Carnac qui conserve
les trésors découverts dans les alignements.
Ces données historiques vont être confrontées
aux nouvelles données géophysiques du site
afin de reconstituer lentement
l'histoire de l'occupation de Carnac.

Olivier Agogué :
Petit à petit, ces nouvelles technologies
nous amènent un degré de finesse
dans la compréhension qu'on ne pouvait pas
avoir jusqu'à aujourd'hui.
Il restera une large part de mystère
sur ces monuments-là.
Ce sont des monuments
qui ont plusieurs milliers d'années,
qui relèvent de sociétés sans écriture.
Ça fait aussi partie de l'intérêt
de ces structures-là.

Commentaire voix-off :
Ces lames de Jade et ces parures
nous laissent imaginer
la culture qui entourait
ces alignements de granit.
Au-delà d'une aventure technologique,
cartographier Carnac
pourrait permettre de révéler
le mode de vie de ces populations
car ces vestiges de pierres nous murmurent encore
l'histoire de ceux qui les ont érigés.

Référent(s) scientifique(s)

Délégation(s)

Thématiques scientifiques

CNRS Images,

Nous mettons en images les recherches scientifiques pour contribuer à une meilleure compréhension du monde, éveiller la curiosité et susciter l'émerveillement de tous.